Ernest PicardAvocat, éditorialiste, député, ministre, diplomate, sénateur inamovible.
Né à Paris le 24 décembre 1821, mort à Paris le 13 mai 1877.

Issu d'une famille de la bourgeoisie aisée d'origine normande, Louis Joseph Ernest Picard naît à Paris où son père dirige une banque. Élève du collège Rollin, il multiplie les prix au concours général. Il fait ensuite son droit à la Faculté de Paris et est reçu docteur en 1846. Il s'inscrit alors au barreau de la capitale et devient le secrétaire du bâtonnier de l'ordre des avocats, Félix Liouville dont il épouse la fille en 1860, ce qui lui permet d'entrer dans une grande famille parlementaire. Secrétaire de la conférence des avocats en 1848, il continue à plaider sous l'Empire. Il défend les écrivains qui passent devant la sixième chambre correctionnelle pour délit de presse, la société de secours mutuels des ouvriers imprimeurs en papier peint ou encore Hérold lors du "procès des Treize". Président de la Conférence Molé en 1853, il entre au conseil de l'ordre des avocats en août 1866.
Actionnaire et rédacteur du Siècle, il est retenu comme candidat du parti républicain lors de la législative complémentaire organisée le 9 mai 1858 dans la cinquième circonscription de la Seine. Il est élu et constitue avec Jules Favre, Ollivier, Hénon et Darimon, le "groupe des Cinq", cette première opposition sérieuse à l'Empire. Dès son admission, il fait le procès de la candidature officielle : "L’Électeur doit être éclairé comme un juge et respecté comme un magistrat". Il se fait une spécialité des questions de finances et d'administration, mais s'impose surtout comme le plus virulent adversaire des travaux du baron Haussmann dans la capitale. Il n'a de cesse de défendre "les vieux murs vénérables de mélancolie et de souvenirs". Lors des législatives de 1863, Havin qui est devenu son ennemi personnel et qui a provoqué son départ du Siècle, songe à se présenter contre lui dans la quatrième circonscription de la Seine. Il y renonce finalement et Picard est réélu. Il se rend aux réunions qui se déroulent chez Marie et condamne comme ses autres collègues de l'opposition le ralliement d'Ollivier. Le 29 mars 1865, il provoque un incident de séance en répliquant au marquis d'Havrincourt qui vient de faire l'apologie du coup d'Etat, "le 2 décembre est un crime !" Très actif, il est l'un des dix députés qui interviennent le plus fréquemment. Il prononce de nombreux discours et multiplie les amendements, les demandes d'interpellation, les interruptions. Servi par une grande éloquence, il est capable de tenir à ses collègues un langage très technique puis, dans le même discours, de les émouvoir et enfin de les faire rire par une allusion ou un calembour. Il est d'ailleurs surnommé par la presse "le spirituel député de la Seine". Favorable au rapprochement avec les libéraux, y compris de tendance monarchiste, Picard n'hésite pas à faire campagne pour "l'Union libérale" lors des législatives de 1869. Il est élu à la fois dans la quatrième circonscription de la Seine et la première de l'Hérault. Il opte pour ce dernier département où il a battu le candidat officiel et député sortant Pagézy. De cette façon, il laisse vacant un siège facile à conquérir pour ses amis. En 1870, il devient le chef de cette "gauche ouverte" qui, sans renier ses convictions républicaines, n'entend pas faire de l'opposition systématique. En se déclarant pour une "République acceptée contre la République de droit divin", il rompt avec la plupart de ses anciens amis devenus à ses yeux les "irréconciliables de la gauche fermée" (Gambetta, Grévy, ...). Il prône l'abstention lors du plébiscite et défend ses idées dans son journal, l’Électeur libre.
Le 4 Septembre, il rédige la proclamation de la République et entre au sein du gouvernement de la Défense nationale comme ministre des Finances. Il se montre économe et ne veut pas hypothéquer l'avenir en lançant un emprunt. Très tôt partisan d'un armistice qui permettrait d'obtenir des conditions plus avantageuses de l'ennemi, il accompagne Jules Favre lors des négociations de paix puis s'attache à réunir les 200 millions de la contribution de guerre. Élu à l'Assemblée Nationale par la Meuse et la Seine-et-Oise, il opte pour le premier de ces deux départements. Il devient ministre de l'Intérieur dans le premier cabinet Thiers du 19 février 1871. Dans cette fonction qu'il occupe jusqu'à la fin mai, il se montre un adversaire résolu de la Commune. Nommé gouverneur de la Banque de France le 5 juin suivant, il refuse ce poste et reçoit le 10 novembre celui de ministre de France à Bruxelles. Il démissionne en mai 1873 après avoir obtenu , l'année précédente, la signature du traité de commerce franco-belge. Membre du centre gauche de l'Assemblée nationale, Picard souhaite que la République soit proclamée gouvernement définitif de la France et qu'une deuxième chambre soit créée. En août 1873, il est élu conseiller général de la Meuse. Hostile à la politique du duc de Broglie, il interpelle le gouvernement sur son attitude à l'égard des bonapartistes et contribue à sa chute. Il prend une part active à la discussion de la loi électorale en tant que membre de la dernière commission des Trente. Élu sénateur inamovible en décembre 1875, il joue un rôle assez effacé au sein de la Chambre haute. Il songe à rouvrir son cabinet d'avocat, mais décède le 13 mai 1877, trois jours avant la mémorable séance du 16 Mai. Son frère Arthur, sous-préfet au début du Second Empire, a été député sous la IIIe République.

E. Anceau in Dictionnaire des députés du Second Empire, P.U.R., 1999.

Bibliographie :
- Bérard L., Éloge d'E. Picard, discours prononcé à l'ouverture de la conférence des avocats, Paris, Alcan-Lévy, 1903
- Reclus M., Ernest Picard, 1821-1877 : Essai de contribution à l'histoire du parti républicain d'après des documents inédits, Paris, Hachette, 1912.