(c) RMN Avocat, historien, journaliste, ministre, président du Conseil, député, chef du pouvoir exécutif puis président de la République.
Né à Marseille (Bouches-du-Rhône) le 15 avril 1797, mort à Saint-Germain-en-Laye (Seine-et-Oise) le 3 septembre 1877.

Né alors que ses parents ne sont pas encore mariés, Marie Joseph Louis Adolphe Thiers traîne sa famille comme un boulet durant toute sa carrière. Son père en particulier mène une vie dissolue, dilapide la fortune familiale et est emprisonné à plusieurs reprises. Thiers doit également à ce dernier d'avoir sept demi-frères et soeurs dont la plupart manquent de lui nuire gravement. La famille à laquelle il s'allie en 1833 par son mariage avec Elise Dosne est heureusement fort différente. Son beau-père, Alexis-André Dosne (1781-1849), receveur général, devient régent de la Banque de France à partir de 1836. Quant à sa belle-mère, Sophie, et à a belle-soeur, Félicie, elles jouent toutes deux un rôle capital auprès du grand homme.
Élève boursier du lycée de Marseille, Thiers fait des études de droit à Aix puis devient avocat au barreau de cette ville en 1820. Il ne se sent pas la vocation et monte à Paris l'année suivante avec son ami Mignet. En février 1822, il traite avec les éditeurs Lecointe et Duret pour une Histoire de la Révolution dont les deux premiers volumes paraissent en 1823 et le dixième en 1827. Dès lors, sa situation matérielle est assurée puisque l'ouvrage connaîtra dix-neuf éditions jusqu'en 1866 et qu'il arrivera grâce à lui à négocier l'un des plus gros contrats d'édition du XIXe siècle pour une Histoire du Consulat et de l'Empire, dont le succès sans précédent fera dire à Napoléon III que son auteur est "l'historien national". Ces ouvrages permettent à Thiers d'entrer en 1834 à l'Académie française puis, en 1840, à l'Académie des sciences morales et politiques. Parallèlement, il se lance dans le journalisme. Après des débuts au Constitutionnel, il fonde Le National en janvier 1830 avec Mignet et Carrel. Ce journal joue un rôle capital dans la révolution de Juillet.
La fortune politique de Thiers est faite. Sous-secrétaire d'Etat aux Finances dès novembre 1830, il est par la suite ministre de l'Intérieur, ministre de l'Agriculture et du Commerce puis à nouveau ministre de l'Intérieur. C'est lui qui fait arrêter la duchesse de Berry et qui réprime les insurrections lyonnaise et parisienne. Président du Conseil et ministre des Affaires étrangères du 22 février au 29 août 1836 puis du 1er mars au 29 octobre 1840, il est contraint de démissionner à chaque fois en raison de son audacieuse politique extérieure. En février 1848, Louis-Philippe le charge pourtant de former un nouveau cabinet mais la Révolution ne permet pas à cette combinaison d'aboutir. Durant la monarchie de Juillet, il ne cesse de représenter les Bouches-du-Rhône à la Chambre des députés où il dirige en particulier l'opposition à la politique de Guizot. Thiers s’accommode vite de la République. S'il est battu à la Constituante en avril 1848, il y représente la Seine-Inférieure à partir de juin et devient le chef du parti de l'Ordre. Le même département l'envoie également à la Législative. Après avoir soutenu la candidature de Louis-Napoléon à la présidence de la République dans l'espoir d'inspirer sa politique, Thiers s'en sépare dès qu'il s'aperçoit qu'il n'y parviendra pas. Il est arrêté le 2 décembre 1851 et est contraint à un bref exil. De retour à Paris dès août 1852, il reste à l'écart de la politique pendant dix ans, se consacrant à ses travaux d'écriture et à ses collections d'art.
Il fait sa rentrée à l'occasion des élections de 1863 au Corps législatif. Battu dans trois départements, il est élu par la Seine grâce à l'appui des républicains modérés. Réélu en 1869, il siège jusqu'à la chute de l'Empire. Membre de l'opposition mais d'une opposition responsable, il fait partie des "84", est le mentor du tiers parti et participe à la "réunion Marie". S'il ne participe quasiment pas aux travaux des commissions, il est en revanche l'un des députés qui interviennent le plus en séance. Il prononce alors quelques-uns de ses plus grands discours comme celui sur les libertés nécessaires (11 janvier 1864), ceux sur la situation inquiétante du continent qui ont un écho dans l'Europe entière (6 mars et 3 mai 1866) ou encore son intervention du 15 juillet 1870 où, injurié par ses collègues, il condamne l'empressement avec lequel on se prépare à déclarer la guerre à la Prusse. A l'annonce du péril, il fait taire son ressentiment pour le régime et propose ses services mais Napoléon III repousse cette offre.
Dès le 10 septembre, Thiers entreprend, à la demande du gouvernement de la Défense nationale, une grande tournée européenne pour tenter de réduire les ambitions prussiennes. Si sa démarche reste vaine, la clairvoyance dont il a été le premier à faire preuve, son désir de paix immédiate qui correspond au voeu du pays, lui permettent d'être élu à l'Assemblée Nationale par deux millions d'électeurs et par vingt-six départements (il opte finalement pour la Seine) puis de devenir, quelques jours plus tard, chef du pouvoir exécutif. Il combat avec énergie la Commune et reçoit, en août 1871, le titre de président de la République. Le 17 mars 1873, l'Assemblée déclare qu'il a bien mérité de la patrie. Pourtant, le 24 mai, elle le renverse. En janvier 1876, Thiers est élu sénateur par le territoire de Belfort, mais il renonce, préférant siéger à la Chambre des députés, à laquelle la Seine l'élit le mois suivant.
Il a droit à des funérailles nationales malgré le refus de sa femme. Le cortège funèbre qui l'accompagne au Père Lachaise comprend un million de personnes. Grand-croix de la Légion d'honneur dès la monarchie de Juillet, Thiers était devenu Grand-Maître de l'ordre sous la Troisième République. Il était par ailleurs décoré des principaux ordres étrangers.

Eric Anceau in Dictionnaire des députés du Second Empire. P.U.R., 1999.

Bibliographie :

- Dosne S., Mémoires, 1928.
- Guiral P., Adolphe Thiers ou de la nécessité en politique, Fayard, 1986.
- Malo H., Monsieur Thiers, Paris, 1932.
- Reclus M., Monsieur Thiers, Plon, 1929.
- Thiers A., Discours parlementaires..., Calmann-Lévy, 1879-1889.