Léon Gambetta Avocat, éditorialiste, député, membre du gouvernement provisoire, ministre, président du conseil.
Né à Cahors (Lot) le 2 avril 1838, mort à Ville d'Avray (Seine-et-Oise) le 31 décembre 1882.

D'origine génoise, Léon Michel Gambetta naît à Cahors où son grand-père, marié à la fille du pharmacien Massabie, tient une épicerie à l'enseigne du "Bazar génois". Après avoir étudié au petit séminaire de Montfaucon puis au lycée de Cahors, il fait son droit à Paris, y est reçu licencié, mais échoue au doctorat en 1861. Deux ans plus tôt, il a adopté la nationalité française.
Avocat, il devient le secrétaire de Crémieux après avoir plaidé avec Emmanuel Arago et Ferry dans le "procès des cinquante-quatre". Républicain, il fait partie du groupe des "auditeurs du Corps législatif" avec Ferry et relate ensuite à ses amis, au "Procope" et plus fréquemment encore au "Café de Madrid", les séances parlementaires auxquelles il a assisté. Cependant, l'image stéréotypée et répandue qui fait alors de Gambetta, un jeune exalté, un intransigeant, ne tient pas. L'homme est trop intelligent et calculateur pour cela. On sent déjà poindre le futur chef de l'opportunisme chez celui qui soutient la candidature de Prévost-Paradol lors de législatives de 1863 et qui fait le voyage de Twickenham en 1865, pour présenter ses hommages au comte de Paris. Il se rend célèbre à l'automne 1868 en défendant le directeur du Réveil, Delescluze, dans l'affaire de la souscription Baudin. Recourant à la rhétorique, il profite de sa plaidoirie pour comparer les "hommes du 2 Décembre" à la tourbe qui entourait Catilina. Il attaque l'Empire à son point faible, les circonstances de sa naissance, érigeant ainsi le coup d'Etat au rang de péché originel. A partir de ce moment, il ne plaide quasiment plus et se consacre au journalisme et à la politique. Il collabore à la Revue politique et littéraire de Challemel-Lacour.
Lors des élections législatives de 1869 sa candidature devient incontournable. Il se présente à la fois dans la première circonscription des Bouches-du-Rhône et dans la première de la Seine. Il montre alors toute son habileté en jouant sur deux registres différents. Ici, il est l'homme à la tenue négligée, à la barbe en bataille, au geste ample et à la voix forte qui enthousiasme les foules par ses mots simples et son intransigeance. Il souscrit au programme de Belleville (séparation de l'Eglise et de l'Etat, abolition des armées permanentes,...) et accepte un mandat impératif. Là, il est le causeur de salon, le modéré, le charmeur capable de séduire jusqu'à ses adversaires politiques. Il est initié à la Franc-maçonnerie le 20 mai 1869 soit trois jours avant le scrutin, à la loge "la Réforme" de l'orient de Marseille. Victorieux dans la Seine contre Hippolyte Carnot ou encore le favori du pouvoir, Frédéric Terme., il l'emporte aussi à Marseille contre le candidat officiel, Ferdinand de Lesseps. Il opte pour les Bouches-du-Rhône. Au Corps législatif, il ne peut donner toute sa mesure car il est rapidement atteint à la gorge, aux bronches et à l'estomac par un mal mystérieux qui l'oblige à manquer de nombreuses séances pour aller suivre des cures à Ems, à Chaudfontaine puis à Montreux. Néanmoins, il affirme nettement son hostilité à l'Empire libéral et au ministère du 2 Janvier en déclarant : "Entre la République de 1848 et la République de l'avenir vous n'êtes qu'un pont et ce pont nous le passerons". Il mène une très active campagne contre le plébiscite et adhère au programme de la gauche fermée même si Grévy, le chef de cette tendance et lui s'apprécient fort peu. Après avoir combattu la guerre et réclamé la pièce du casus belli, il vote tout de même les crédits nécessaires par patriotisme. Le 4 Septembre, il tente de ramener le calme puis, voyant que la foule ne désarme pas, il se place à sa tête et propose d'aller proclamer la République à l'Hôtel de Ville.
Membre du gouvernement provisoire, il prend possession du ministère de l'Intérieur. Pendant le siège, il quitte Paris en ballon. A Tours où il est ministre de l'Intérieur et de la Guerre, il dirige la défense nationale et fait tout pour que la lutte se poursuive. Il doit cependant démissionner le 6 février 1871. Aux élections législatives qui ont alors lieu, il est plébiscité dans de nombreux départements et opte de façon significative pour le Bas-Rhin. Réélu en juillet, par trois départements après la perte de l'Alsace, il opte pour la Seine et intervient fréquemment. Il fonde la République française pour défendre ses idées et en devient le directeur politique et littéraire. De 1876 à sa mort, il fait partie de la Chambre des députés qu'il préside de janvier 1879 à octobre 1881. Pendant soixante-quatorze jours, entre novembre 1881 et janvier 1882, il est un éphémère président du conseil et ministre des Affaires étrangères. Il décède d'une infection intestinale suivie d'une appendicite. Il a droit à des obsèques nationales.
Célibataire sans enfant, Léon Gambetta a eu plusieurs liaisons au cours de sa vie dont la plus marquante a été celle qu'il a entretenue avec Léonie Léon, ancienne maîtresse de Louis-Alphonse Hyrvoix, inspecteur général de police des résidences impériales sous le second Empire. Cette dernière, qu'il avait rencontrée lors du procès Delescluze, a été son égérie jusqu'à sa mort.

Eric Anceau in Dictionnaire des députés du Second Empire. P.U.R., 1999.

Bibliographie :

- Amson D., Gambetta ou le rêve brisé, Tallandier, 1994.
- Chastenet J., Gambetta, Fayard, 1968.
- Gaillard J., "Gambetta et le radicalisme entre l'élection de Belleville et celle de Marseille en 1869", R.H., 1976.
- Gheusi P.B., La vie et la mort singulière de Gambetta, 1932.
- Reinach J., Léon Gambetta, Paris, Charpentier, 1884.
- Wormser G., Gambetta dans les tempêtes, Sirey, 1964.