Exécution d'Orsini

Cet événement dramatique, l’un des plus spectaculaires du Second Empire, ouvre une période de six mois pendant laquelle la boussole gouvernementale semble s’affoler.

Très rapidement, l’enquête est bouclée, les coupables arrêtés, la procédure judiciaire engagée. Ce sont des Italiens qui ont perpétré l’attentat. Félix Orsini est leur chef , Pierri, Rudio et Gomez sont ses complices. Ils ont organisé leur forfait à partir de l’Angleterre. Et leur mobile est purement national: pour eux, Napoléon III est l’homme de l’expédition qui, en 1849, a abattu la république romaine et rétabli le Pape à la tête de ses États, l’homme qui, dix ans plus tard, maintient encore le corps expéditionnaire sur place et, ce faisant, se met en travers de l’unité italienne qu’ils appellent de leurs vœux. Ils ont voulu faire sauter cet obstacle majeur. Une légitimité renforcée Ce n’est donc pas l’homme du coup d’Etat qui a été visé, ce ne sont pas des Français qui ont attenté à la vie de l’Empereur et le crime n’a pas été préparé sur le sol national. Comment souligner plus symboliquement que le pays lui conserve, pour sa part, sa pleine confiance? Il vient d’ailleurs de la lui renouveler formellement à l’occasion des élections législatives, en juin précédent. Et que le souverain ait réchappé de la tuerie avec à peine une égratignure, miraculeusement, témoigne de la protection que le Ciel lui accorde. Sa double légitimité, providentielle et populaire, s’en trouve ainsi confortée de manière éclatante. Objectivement, l’attentat sert Napoléon III, dont le spectre de l’éventuelle disparition a suscité dans le pays une émotion profonde et de nombreuses adresses de soutien. En outre, même si cela peut paraître cynique de le souligner, il survient opportunément pour lui permettre de mettre en branle, après la victoire de Crimée qui a réinstallé la France à la tête des grandes puissances, son programme de remaniement du continent européen. En s’en prenant à lui, Orsini s’est trompé; il a fait un énorme contresens. A propos de l’Italie, Napoléon III pense comme lui. Il n’a pas abandonné ses rêves de jeunesse. Il attendait seulement l’occasion propice. L’attentat la lui fournit.

Qu’on en juge plutôt. Retourné par le préfet de police, Piétri, qui lui a rendu visite en prison, Orsini adresse à l’Empereur une supplique l’implorant paradoxalement d’être son exécuteur testamentaire: «Que Votre Majesté ne repousse pas le vœu suprême d’un patriote sur les marches de l’échafaud, qu’elle délivre ma patrie, et les bénédictions de quinze millions de citoyens le suivront dans la postérité.» L’avocat d’Orsini, le républicain Jules Favre, produit cette lettre à l’occasion de sa plaidoirie devant la cour d’assises de la Seine. Napoléon III lui-même l’y a autorisé. Puis, chose à peine imaginable, le journal officiel, le Moniteur, publie l’intégralité de ladite plaidoirie, lettre comprise, une lettre qui comporte cet autre passage qui ne manquera pas de sensibiliser à la question italienne tous ceux des soutiens de l’Empereur qui s’en désintéressaient jusque là mais sont attachés à sa personne et à son régime: «Que Votre Majesté se rappelle que les Italiens, au milieu desquels était mon père, versèrent avec joie leur sang pour Napoléon le Grand, partout où il lui plut de les conduire; qu’Elle se rappelle que tant que l’Italie ne sera pas indépendante, la tranquillité de l’Europe et celle de Votre Majesté ne seront qu’une chimère.» Enfin, lorsque le tribunal condamne les trois principaux complices à la peine capitale et Gomez aux travaux forcés à perpétuité, Napoléon III songe à gracier les condamnés. Il se contente toutefois, devant l’opposition unanime du Conseil privé et eu égard aux nombreuses victimes innocentes, de commuer la peine de Rudio. Aussi, le 13 mars, place de la Roquette, Orsini et Pierri sont-ils seuls à monter sur l’échafaud. L’un crie «Vive l’Italie ! Vive la France !», l’autre entonne le chant des Girondins: «Mourir pour la patrie, c’est le sort le plus beau, le plus digne d’envie !».

Justice est faite, aisément, promptement. Mais aussi, que de bienveillance pour des assassins ! Deux d’entre eux ont bénéficié de la clémence des juges ou du souverain, les deux autres ont été sciemment transformés en héros et en martyrs. Une «terreur salutaire» A l’inverse, le Gouvernement s’engage dans une répression féroce contre l’opposition en France, quoiqu’elle n’ait aucune responsabilité dans l’affaire. On se croirait revenu au lendemain du coup d’État. Les premiers touchés, quatre jours après l’événement, sont deux journaux, que l’on supprime par décision administrative: le Spectateur, monarchiste, et la Revue de Paris, républicaine, depuis longtemps dans le collimateur il est vrai. En même temps, une loi dite «de sûreté générale» est mise en chantier. Un nouveau ministre de l’Intérieur est nommé, dit lui aussi «de la Sûreté générale», en sus de son appellation usuelle. Il s’agit du général Espinasse, connu pour avoir commandé lors du Deux-Décembre le régiment chargé de prendre possession du Palais Bourbon, un militaire par conséquent, homme du coup d’Etat de surcroît. Son nom, à lui seul, est tout un programme, comme le lui explique Napoléon III lui-même: «Le corps social est rongé par une vermine dont il faut coûte que coûte se débarrasser. Je compte pour cela sur votre zèle. Ne cherchez pas, par une modération hors de saison, à rassurer ceux qui vous ont vu venir au ministère avec effroi. Il faut qu’on vous craigne; sans cela, votre nomination n’aurait pas de raison d’être.» En outre, sont été institués cinq grands commandements militaires territoriaux placés sous l’autorité de maréchaux, afin de mieux assurer l’ordre en cas de troubles. «C’est le règne du sabre qui commence» conclut madame Baroche dans son Journal, le règne même de l’arbitraire devrait-on dire, comme l’avoue maladroitement son époux, porte-parole du Gouvernement devant le Corps législatif, lors de la discussion du projet de loi de sûreté générale: «Faut-il, en présence d’un danger qu’on voit, dont on croit apercevoir le remède, s’arrêter devant des hésitations de juriste et des difficultés de procédure? Non.»

Deux articles, sur les six que comporte le projet, sont en effet des plus contestables. L’un donne au gouvernement la possibilité d’«interner dans un des départements de l’Empire ou en Algérie, ou d’expulser du territoire, tout individu qui a été, soit condamné, soit interné, expulsé ou transporté, par mesure de sûreté générale, à l’occasion des événements de mai et juin 1848, de juin 1849 ou de décembre 1851, et que des faits graves signaleraient de nouveau comme dangereux pour la sûreté publique». L’autre décide que sera «puni d’un emprisonnement d’un mois à deux ans, et d’une amende de cent francs à deux mille francs, tout individu qui, dans le but de troubler la paix publique ou d’exciter à la haine ou au mépris du gouvernement de l’Empereur, a pratiqué des manœuvres ou entretenu des intelligences, soit à l’intérieur, soit à l’étranger.»

Dans le pays, beaucoup de gens sont choqués par le droit accordé au pouvoir de sévir à nouveau, sans recourir à une nouvelle procédure judiciaire, contre des hommes qui ont purgé leur peine et ainsi payé leur dette à la société. Quelle garantie ces hommes ont-ils que l’administration ne s’en prendra à eux qu’en cas de fait nouveau, et que la gravité des faits, si faits il y a, sera appréciée de manière juste et équitable? On s’inquiète aussi de l’apparition du délit d’excitation à la haine ou au mépris du gouvernement, même si, en l’absence de manœuvres ou d’intelligences, termes bien connus de la jurisprudence, il ne peut en droit être effectivement constitué; car ce délit est défini en termes «si vagues que les tribunaux pourront en faire des applications très diverses», comme le souligne le député de la Sarthe, le marquis de Talhouet. Autrement dit, n’importe quel opposant peut s’en voir accusé. On se trouve en présence d’une véritable loi des suspects, pour reprendre l’expression employée à l’époque de Robespierre et de la Terreur.

Espinasse n’attend d’ailleurs pas son vote pour se préparer à la mettre en application. Dès le 17 février, il demande aux préfets d’établir «dans le plus bref délai possible» la liste des individus tombant sous le coup de la future loi, et d’y ajouter un second tableau indiquant ceux qui «n’étant pas compris dans le tableau précédent, doivent cependant être particulièrement surveillés, à raison de la part qu’ils pourraient prendre à un mouvement insurrectionnel, dans un moment donné». Le 23, il va plus loin. Arguant de la nécessité de «frapper d’une terreur salutaire les fauteurs de désordre», il ordonne de procéder, également «sans délai», à des arrestations, selon un quota précis qu’il fixe pour chaque département (de l’ordre de trois ou quatre), parmi les individus de la première liste qui «ont été libérés ou graciés et ont cependant persisté dans leurs coupables manœuvres».

Ajoutons que la répression ne se limite pas au territoire national. Elle franchit les frontières. Elle mobilise la diplomatie. Du Piémont, de la Belgique et de la Suisse qui accueillent avec trop d’insouciance les réfugiés politiques français et les agitateurs italiens sur leur sol, de la Grande-Bretagne bien passive face à leurs machinations, le Gouvernement impérial exige des mesures concrètes immédiates et un durcissement de la législation. Il le fait avec une fermeté extrême, une discourtoise agressivité même, et il obtient satisfaction.

Ajoutons encore qu’un senatus-consulte promulgué le 17 février modifie les modalités de prestation du serment par les députés. Jusque là, c’était une fois élus seulement que ceux-ci devaient jurer «obéissance à la Constitution et fidélité à l’Empereur» et qu’ils pouvaient être considérés comme démissionnaires d’office s’ils s’y refusaient. Désormais, le serment sera exigé au stade du dépôt de la candidature, faute de quoi celle-ci ne sera pas prise en compte. La liberté de se présenter au suffrage des électeurs est ainsi gravement mise en cause. Et les républicains sont une fois de plus les premiers visés. Le retour de la thèse de la jacquerie Tout cela est disproportionné. Certes, un Français réfugié en Angleterre a procuré, semble-t-il, les bombes et l’argent nécessaire. Certes encore, les sociétés secrètes n’ont pas entièrement disparu depuis 1852, ni leurs conspirations, ni les projets d’attentat, généralement éventés d’ailleurs les uns et les autres. Mais la France est calme, en pleine expansion économique, victorieuse. L’Empire est à son apogée et l’Empereur le sait.

Il est vrai aussi qu’Orsini comptait qu’une disparition de Napoléon III provoquerait une révolution en France au profit d’une république qui ne manquerait pas de se porter au secours de l’Italie. C’est en jouant sur cette hypothèse, en feignant de croire à des collusions républicaines, à une conspiration aux vastes ramifications sur tout le territoire, que le régime justifie l’ampleur de sa réaction: «L’armée du désordre a été vaincue et dispersée en décembre 1851, déclare l’exposé des motifs de la loi de sûreté générale. Les soldats de cette armée, ralliés par le nom de Napoléon, et cédant à la puissance du mouvement national, sont rentrés dans les voies de l’ordre et du travail. Il n’en a pas été de même de leurs chefs; ceux-ci, en beaucoup d’endroits, sont demeurés hostiles; ni la clémence du souverain, ni le spectacle de la France prospère et glorieuse, n’ont pu les ramener encore. Liés par leur passé même, à une détestable cause, ils ajournent mais n’abandonnent pas leurs desseins.» Mais de ces collusions, il n’y a aucune preuve et ceux qui les invoquent n’y croient pas eux-mêmes. Aussi les historiens restent-ils fort embarrassés, aujourd’hui encore, pour expliquer tant de haine.

De ce point de vue, le rôle de Morny apparaît central, et même moteur. C’est un fait acquis. Deux jours après l’attentat, les grands corps de l’État étant convoqués aux Tuileries pour rendre hommage au souverain, il prononce comme président du Corps législatif une adresse d’une rare violence: «Nous ne pouvons le cacher, les populations que nous venons de visiter récemment s’inquiètent des effets de votre clémence, qui se mesure trop à la bonté de votre cœur. Et lorsqu’elles voient d’aussi abominables attentats se préparer au-dehors, elles se demandent comment des gouvernements voisins et amis sont dans l’impuissance de détruire ces laboratoires d’assassinats et comment les saintes lois de l’hospitalité peuvent s’appliquer à des bêtes féroces. Votre gouvernement, qui est fondé sur deux principes, l’autorité et la protection des honnêtes gens, doit faire cesser à tout prix ces convulsions périodiques.» Il s’implique ensuite personnellement dans le vote de la loi de sûreté générale en prenant lui-même en charge le rapport de la commission, ce qui est inhabituel, et il y insiste lourdement sur la thèse officielle: «L’attentat du 14, restreint dans sa conception et mis à exécution par quelques étrangers, était attendu par les société secrètes. Les indices les plus certains ne laissent aucun doute à cet égard. Les rapports envoyés de tous les points de la France montrent clairement que les hommes connus pour leurs opinions anarchiques avaient changé de ton et d’allure et comptaient sur un mouvement à Paris, vers le milieu du mois de janvier.» Et il conclut par ces mots: «Quoiqu’il arrive, il faut que le parti rouge sache bien qu’il nous trouvera sur son passage avant qu’il puisse frapper au cœur la société française.»

C’est la thèse de la jacquerie qui reparaît. On se souvient qu’au lendemain du Deux-Décembre, Morny avait présenté le coup d’État, pourtant dirigé contre la majorité monarchiste de l’Assemblée, comme une mesure préventive visant à devancer un soulèvement montagnard programmé pour mai 1852, comme une mesure de salut public face au «péril rouge»; et c’est ce qui avait permis le ralliement au nouveau régime de nombreux conservateurs d’abord hostiles. Son objectif est le même en 1858, comme le montre son rapport, dans lequel il ne s’en prend pas seulement aux rouges, mais aussi nommément aux légitimistes et aux orléanistes, dont il dénonce l’inconséquence: «La plupart de ces hommes qui sont restés attachés à un ancien ordre de choses n’ont pas l’illusion de croire qu’un bouleversement nouveau pourrait aujourd’hui se faire au profit de leur opinion; ils n’ignorent pas que c’est plutôt contre la société que contre le trône que les coups sont dirigés. Le jour où tous les honnêtes gens seront d’un seul côté, la société n’aura plus rien à craindre.» Espinasse, en soldat fidèle et discipliné de cette stratégie, la met encore plus crûment en musique pour les préfets dans sa circulaire déjà citée du 23 février: «Les démagogues qui se tenaient prêts à tenter un mouvement insurrectionnel si l’attentat du 14 janvier eût réussi, veulent saisir l’occasion du jugement d’Orsini et de ses complices pour faire une tentative de désordre. Le devoir du Gouvernement est de déjouer leurs projets. Quand vous recevrez cette dépêche, les principaux conjurés de Paris seront entre nos mains.» Et quand il demande à chacun d’arrêter les fauteurs de désordre, c’est «dans le plus grand secret» et en précisant qu’il faut les frapper «quoique les conséquences de toute entreprise de ce genre soient peu à redouter dans ce département», ce qui signe la manipulation. Une deuxième tunique de Nessus Qu’y a gagné le régime? Bien peu. A peine 400 opposants ont été mis hors d’état de nuire, alors même que leurs menées étaient souvent imaginaires. Tout juste peut-on dire que lorsque l’Empereur, un an plus tard, abandonnera la régence provisoire à l’Impératrice pour se mettre à la tête de l’armée d’Italie, ils n’auront pas le loisir de profiter de son absence pour tenter de le renverser. Mais l’auraient-ils osé? et qui les aurait suivis? De plus, au lendemain de la victoire, Napoléon III leur accorde sans condition une complète amnistie, comme à tous les autres condamnés politiques; quelques mois après leur arrestation, ils sont donc de nouveau libres, mais plus hostiles encore qu’auparavant au régime, à coup sûr.

La loi de sûreté générale, de son côté, représente une arme indéniablement dissuasive dans les mains du pouvoir; mais elle est faussement redoutable car les mesures d’exception qu’elle autorise sont d’un emploi malaisé. On la remise d’ailleurs vite et lorsqu’on la ressortira, en 1868, pour le procès de quelques journaux, dans l’affaire de la souscription Baudin, elle se révèlera politiquement contreproductive: l’avocat Gambetta y trouvera l’occasion de faire éclater pour la première fois son immense talent d’orateur politique. Comme elle a aussi permis en 1858 à Émile Ollivier, fraîchement élu, de s’imposer dès la première législature comme un opposant majeur, on conviendra qu’avoir contribué au lancement de deux poids lourds du parti républicain, cela fait beaucoup pour une seule loi… Sans compter qu’elle a aussi divisé les soutiens du régime: au Conseil d’Etat, le projet n’a été adopté que de justesse, par 31 voix contre 27; au Corps législatif, 24 députés ont voté contre, ce qui représente bien plus que les trois républicains qui y siègent à cette date; et même à la haute assemblée, il s’est trouvé un sénateur, le général Mac Mahon, pour la rejeter. Elle s’est ainsi imposée d’emblée comme le plus puissant symbole de l’arbitraire impérial, comme le cheval de bataille idéal pour l’opposition, toutes tendances confondues, et elle le restera jusqu’à la fin de l’Empire. Avec le souvenir de la répression qui l’a accompagnée, c’est une deuxième «tunique de Nessus» pour l’Empereur, pour reprendre l’expression employée par l’Impératrice à propos du coup d’Etat.

Quant au serment des candidats, la mesure n’est pas plus heureuse. Quand Cavaignac et Hénon en 1852, puis Carnot et Goudchaux en 1857 ont refusé de prêter serment après leur élection, l’Empire n’en a pas été ébranlé pour autant. La question du serment était même devenue, à cette dernière date, une pomme de discorde au sein du parti républicain: sermentistes et non sermentistes se sont affrontés au premier tour de l’élection. Le senatus-consulte leur épargne cette querelle. De surcroît, on constatera lors des scrutins suivants que cette formalité nouvelle n’empêchera pas les républicains les plus intransigeants de se présenter. Elle est vaine. Peut-être même est-il permis de se demander si le serment prêté solennellement et physiquement à l’ouverture de la session n’était pas plus dissuasif et plus contraignant. Plus grave encore, elle éclaire d’un jour mauvais le système des candidatures officielles, dont le caractère inacceptable était beaucoup moins évident quant il n’était pas jumelé avec la volonté d’empêcher les détracteurs du régime de se présenter et de faire campagne.

Cette folie répressive des lendemains de l’attentat d’Orsini apparaît finalement comme une faute. Elle l’est d’autant plus que la résurrection de la thèse de la jacquerie a creusé plus profondément encore le fossé qui séparait l’Empereur des républicains au moment ou sa politique italienne aurait pu opérer un début de rapprochement; elle le livre à l’alliance exclusive avec la droite monarchiste, conservatrice et libérale à laquelle il avait déjà été réduit aux lendemains de son élection de 1848 et de son coup de 1851, et dont il devra payer le prix par une dérive parlementaire de son régime et finalement par sa chute.

L’Empereur en est-il conscient? Probablement. Tel n’était pas son premier mouvement. Il s’est laissé entraîner, par Morny et quelques autres dont la responsabilité est lourde. Mais lorsqu’il se ressaisit, en sonnant la fin de l’hallali par le renvoi symbolique d’Espinasse, cinq mois jour pour jour après l’attentat, il est trop tard. Le mal est fait.

Article de M. Francis Choisel, paru dans les Nouveaux Cahiers du Second Empire, édités par les Amis de Napoléon III, Hors série n°7, 2010, pp.27-30.