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Homme politique, précepteur du frère aîné de Napoléon III, député de la Monarchie de Juillet, représentant à l'Assemblée constituante et à l'Assemblée législative, sénateur le 26 janvier 1852.
Né à Paris, le 25 janvier 1791, mort à Paris, le 19 mai 1857.



Deuxième fils de Pierre Jacques Vieillard, avocat du baillage de Coutances qui était devenu représentant du tiers-état aux états généraux de 1789, Narcisse Vieillard naquit à Paris, fut élevé à Saint-Lô jusqu'en 1800, suivit les cours du prytanée national — futur lycée Louis-le-Grand — puis entra en 1809 à l'École polytechnique. Il en sortit en 1811, septième de sa promotion, pour servir au 5ème régiment d'artillerie à pied, au sein duquel il participa aux campagne de Russie et d'Allemagne. Fait prisonnier à Dantzig en janvier 1814, il rentra en France en octobre, fut muté au 8ème régiment d'artillerie, et abandonna définitivement l'armée en septembre 1815, après le second retour des Bourbons, avec le grade de capitaine et la croix de chevalier de la légion d'honneur. Sous la Restauration, il manifesta son hostilité au régime par quelques pamphlets, et il voyagea en Europe, où il se lia avec les Bonaparte en exil. En 1820, la Reine Hortense le recommanda à son époux, pour l'éducation de son fils aîné, Napoléon-Louis, le frère du futur Napoléon III. Le roi Louis le trouva «aussi instruit qu'aimable»[1]; et le jeune homme apprécia son nouveau précepteur : «Il faudrait être bien paresseux — écrivit-il — pour ne pas faire de progrès avec un tel maître»[2]. Vieillard fut néanmoins congédié dès décembre 1821, malgré «son mérite et ses talents», parce qu'«il profess(ait) hautement l'athéisme»[3]. Rentré à Paris, il se vit confier, en avril 1822, l'éducation d'un autre rejeton de la famille Bonaparte: le comte Léon, fils naturel de Napoléon 1er. L'expérience fut moins heureuse — l'élève et le maître semblant s'être peu appréciés — et ne dura guère plus: en janvier 1823, le comte Léon s'échappa pour rejoindre sa mère en Allemagne. Devenu un familier de la Reine Hortense, il fit de nombreux séjours à Arenenberg, vint à son chevet pour l'assister dans ses derniers instants et assista à ses obsèques à Rueil. Il correspondait avec elle ainsi qu'avec Louis-Napoléon dont il devint l'un des principaux confidents. Il éveilla ce dernier au saint-simonisme: «Lorsque je parle de ces opinions — lui écrivit un jour le futur empereur — je les présente comme vos doctrines car je suis comme un aveugle qui parle des couleurs.» Et le bonapartisme teinté de républicanisme, qui était celui de Louis-Napoléon à cette époque, n'était peut-être pas étranger à l'influence de Vieillard. Celui-ci, toutefois, ne fut pas dans le secret des complots de Strasbourg ni de Boulogne.
En juin 1834, il se présenta aux élections législatives dans la deuxième circonscription de la Manche (Carentan), fut battu, se représenta en juillet 1842 et fut élu cette fois, comme candidat hostile à Guizot, notamment contre Tocqueville, (et le?) député sortant. Lorsque le roi Louis fut mourant, il se fit l'avocat, à la Chambre, d'une libération provisoire et conditionnelle de Louis-Napoléon pour que celui-ci puisse rejoindre une dernière fois son père en Italie.
En juillet 1833, il avait épousé Elisa Huet, fille d'avocat, jeune veuve de Baudouin Dufresne[4]. Celle-ci mourut en janvier 1847 et le laissa difficilement consolable et sans enfant.
Après la révolution de février, le 2 mars, Vieillard fut nommé commissaire de la République de la Manche. Tocqueville le décrit alors «vrai républicain (...), intelligent et cultivé, d'un classicisme un peu dogmatique, bienveillant» mais «un peu fat» et «singulièrement bête en politique» c'est-à-dire plutôt naïf en la matière. Rémusat le voyait, quant à lui, « républicain de salon » et « voltairien ». Le 23 avril, il fut élu à l'Assemblée constituante par son département, deuxième derrière Havin et encore devant Tocqueville. À partir du mois d'août, il siégea également au Conseil général, au titre du canton de Sainte-Clair-sur-Elbe[5].
Vieillard fut pendant ces premiers mois de la République, l'un des principaux correspondants en France du prince Louis-Napoléon resté en exil. En juin, il se porta garant, devant la commission exécutive et devant ses collègues, de la loyauté de celui-ci à l'égard du nouveau régime. En septembre, ce fut à ses côtés que le prince décida de siéger à l'assemblée et le soir du 20 décembre, avec lui encore qu'il fit son entrée à l'Élysée. Il y resta son conseiller. Il fut réélu en mai 1849: «On ne présente plus M. Vieillard dont les mérites propres et l'amitié du Prince répondent.» lisait-on à cette époque dans le Phare de la Manche.
Sincèrement attaché au Prince, il ne l'était pas moins à la République et ne voyait pas l'Élysée comme l'antichambre des Tuileries. A Victor Hugo qui accusait le Prince de vouloir l'Empire, Vieillard répondit de son banc: « Imposteur! Calomniateur! Le Prince restera fidèle à la République. » Devant Thiers, qui évoquait à l'Élysée la même perspective, il s'indignait : « Comment? Parler de l'Empire dans le palais de la jeune République! ». Il ne participa donc pas au coup d'État et, nommé au Sénat dès le 26 janvier 1852, en récompense de sa fidélité et de ses conseils, il s'y singularisa en votant, le 7 novembre, seul parmi ses collègues, contre le rétablissement de l'Empire, « s'assurant ou l'immortalité, ou une réputation d'original », comme l'écrivit l'un de ses proches. Il n'avait cependant pas expliqué sa position au cours de la discussion du sénatus-consulte. A Napoléon III qui l'interrogea ensuite, il se contenta de répondre: « Le citoyen se soumet, mais le sénateur proteste. » Il ne démissionna pas, en effet. Mais, s'il continua à assister aux séances, il n'y prit pas la parole. Il est est vrai qu'il n'était pas orateur et redoutait de parler en public.
Malade à partir du début de l'année 1857, il mourut en mai, refusant les derniers sacrements et donnant instruction à son exécuteur testamentaire de s'en tenir à un enterrement civil, ce qui fit scandale. « C'était en un mot ce bon et honnête M. Vieillard — disait de lui Persigny — espèce de bourgeois gentilhomme, différent cependant de M. Jourdain en un point, c'est que sa manie, à lui, n'était pas la noblesse mais l'irréligion et la liberté. Quoique le meilleur, le plus doux, le plus inoffensif des hommes, il tenait absolument à passer pour athée et républicain. »
Il repose au père Lachaise.

Notice de M. Francis Choisel, publiée dans le bulletin du Cercle d’études et de recherches sur le bonapartisme (C.E.R.B., janvier-février 1998).



Bibliographie :
Un ami de Napoléon III : Monsieur Vieillard, 1791-1857. Histoire d'une fidélité, texte rédigé pour son usage personnel par Philippe Huet, l'un des héritiers de Narcisse Vieillard, 1995, 64 p. dactylographiées.

Illustration :
Narcisse Vieillard, représentant du peuple, en 1848 par Auguste Pichon. (c) musée national du château de Compiègne et Direction des musées de France.

Notes

[1] Lettre de Napoléon-Louis à sa mère.

[2] Ibid.

[3] Ibid.

[4] Elle était née en 1804.

[5] Il en devint le président en 1854, et y demeura jusqu'à sa mort.