Jules FerryAvocat, éditorialiste, député, ministre, président du Conseil, sénateur, président du Sénat.
Né à Saint-Dié (Vosges) le 5 avril 1832, mort à Paris le 17 mars 1893.

Né dans une famille de la bourgeoisie lorraine, Jules Ferry est le petit-fils d'un propriétaire d'une tuilerie et ancien maire de la ville et le fils d'un grand avocat de sensibilité républicaine. Il perd sa mère dès 1836 et est élevé par sa soeur aînée Adèle, avec son frère Charles, futur banquier, préfet, député puis sénateur sous la Troisième République. Après ses études au collège de sa ville natale et au lycée de Strasbourg, il vient faire son droit à Paris. Licencié, il s'inscrit au barreau de la capitale le 20 décembre 1851. Grâce à sa position de fortune, il peut se permettre de ne plaider que rarement et de s'intéresser de près à la politique. Il s'entraîne aux joutes oratoires à la conférence Molé dont il est le secrétaire de 1854 à 1856. Par ailleurs, il assiste régulièrement aux séances du Palais-Bourbon avec Gambetta et appartient au groupe que l'on prend rapidement l'habitude d'appeler les "auditeurs du Corps législatif". Auteur d'un ouvrage très remarqué, le Manuel électoral, il participe au comité républicain chargé de préparer les élections législatives de 1863 et rédige peu après La Lutte électorale en 1863. Il est inculpé dans le "procès des Treize". Défendu par Berryer, il n'est condamné qu'à 500 francs d'amende. Il donne des articles à de nombreux journaux comme la Gazette des tribunaux, la Presse ou encore le Courrier de Paris. Surtout, il dénonce dans le Temps la gestion financière du préfet de la Seine. Sa série d'articles, popularisée par le titre que lui trouve Nefftzer, Les comptes fantastiques d'Haussmann, est publiée en brochure. Devenu principal rédacteur de l’Électeur, Ferry est condamné à une lourde amende en 1868 pour un article consacré aux grandes manœuvres électorales et aux abus de la candidature officielle.
Lors des élections législatives organisées l'année suivante, il est élu dans la sixième circonscription de la Seine. Au Corps législatif, il intervient à de multiples reprises pour réclamer le rétablissement des libertés municipales, pour défendre la liberté de la presse ou encore pour demander la dissolution d'un Corps législatif qui ne représente plus, selon lui, la majorité du pays. Membre de la gauche fermée, il vote cependant les crédits de guerre en juillet 1870.
Le 4 septembre, il entre dans le gouvernement de la Défense nationale en tant que député de la Seine. Il en devient le secrétaire et est chargé de l'administration de la capitale avec rang de préfet. Il fait fonction de maire de Paris pendant le siège. Élu représentant des Vosges à l'Assemblée nationale, en 1871, il est nommé ministre plénipotentiaire à Athènes en mai 1872 et rentre en France en avril 1873 après avoir réglé avec bonheur l'affaire du Laurium. Il vote les lois constitutionnelles puis est élu député des Vosges en 1876. Président de la Gauche républicaine puis de l'Union des gauches, il est successivement réélu au Palais-Bourbon en 1877, 1881 et en 1885. Il préside le conseil général des Vosges à partir de 1880. Surtout, il est deux fois président du Conseil, trois fois ministre de l'Instruction publique et une fois ministre des Affaires étrangères entre février 1879 et mars 1885. Il est le fondateur de l'école primaire "gratuite, laïque et obligatoire" et du nouvel empire colonial. Il échoue contre Sadi Carnot à la présidentielle de 1887 et est battu lors des législatives de 1889. Il entre en revanche au Sénat en janvier 1891 et devient président de la Chambre haute le 24 février 1893. Il meurt le 17 mars de cette même année d'une crise cardiaque. Il avait en effet gardé des séquelles de l'attentat dont il avait été victime au Palais-Bourbon en décembre 1887. Il a droit à des obsèques nationales.
Marié en 1875 avec Eugénie Risler, d'une famille de parlementaires liée aux Kestner, à Sheurer-Kestner, Chauffour, Laurent-Pichat, Charras ou encore Floquet, il n'avait pas eu d'enfant de cette union. Il considérait son neveu Abel comme son propre fils. Ce dernier, fils de Charles et petit-fils par sa mère d'Henri Allain-Targé, député et ministre, a été député et sous-secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères avant de mourir pour la France au cours de la Première Guerre mondiale. Jules Ferry avait été initié à la Franc-maçonnerie en juillet 1875 à la loge "la Clémente Amitié" de l'orient de Paris.

Eric Anceau in Dictionnaire des députés du Second Empire. Presses Universitaires de Rennes, 1999.

Bibliographie :

- Barral P., Jules Ferry, une volonté pour la République. Editions Serpenoise, Nancy, 1985.
- Colloque Jules Ferry : fondateur de la République, E.H.E.S.S., présentation François Furet, 1985.
- Dupront A., Jules Ferry, opposant à l'Empire. Revue historique, t. CLXXVII, 1936.
- Gaillard J.-M., Jules Ferry. Fayard, 1986.