Jules Favre Avocat, éditorialiste, représentant à la Constituante, député, vice-président du gouvernement de la Défense nationale, ministre des Affaires étrangères, sénateur.
Né à Lyon (Rhône) le 21 mars 1809, mort à Versailles le 19 janvier 1880.

D'une famille de commerçants originaire de Savoie, son père, négociant drapier engagé dans de vastes affaires avec l'Italie subit d'énormes pertes lors de l'effondrement de l'Empire. Après avoir étudié au lycée de sa ville natale, Gabriel Claude Jules fait son droit à Paris et participe aux Trois-Glorieuses sur les barricades quelques jours seulement avant de soutenir avec succès sa thèse de licence. C'est à Lyon qu'il ouvre son premier cabinet d'avocat. Il devient vite célèbre en plaidant en faveur des insurgés d'avril 1834 et décide de s'installer à Paris. Il défend Louis-Napoléon Bonaparte après l'affaire de Boulogne.
Ouvertement républicain, il collabore à plusieurs journaux dont le Précurseur et dirige le Mouvement. Nommé secrétaire général du ministère de l'Intérieur après la révolution de Février 1848, il démissionne de cette fonction lorsqu'il est élu par la Loire à la Constituante. Il siège parmi les républicains modérés. Rapporteur des poursuites contre Louis Blanc et de l'élection de Louis-Napoléon Bonaparte, il conclut favorablement dans les deux cas et soutient la répression menée par Cavaignac lors des journées de juin. Favre occupe aussi pendant trois semaines le poste de sous-secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères. Il n'est pas élu lors des élections générales à la Législative, mais une partielle organisée dans le Rhône en juillet 1849 lui permet de siéger dans cette assemblée. Il s'y oppose à la politique du président puis essaie d'organiser la résistance au coup d'Etat du 2 Décembre. Grâce à l'intervention en sa faveur du Conseil de l'ordre des avocats, il parvient à éviter la proscription. Élu conseiller général de la Loire et du Rhône en 1852, il refuse le serment et est donc déclaré démissionnaire. Il retourne alors au barreau et plaide dans plusieurs grandes affaires sous l'Empire autoritaire. Avocat d'Orsini, il obtient la publication de sa plaidoirie au Moniteur. Il entre au Conseil de l'ordre des avocats et devient bâtonnier en 1860. En 1864, il défend Garnier-Pagès lors du "procès des Treize" et, à la fin de l'Empire, Duret dans l'affaire de la souscription Baudin.
Candidat malheureux aux élections législatives de 1857 dans la quatrième circonscription du Rhône, il échoue également lors de la partielle organisée en novembre 1857 dans la deuxième de la Sarthe. Il est plus heureux le 26 avril 1858 dans la sixième circonscription de la Seine. Il complète ainsi le groupe républicain qui devient vite dans l'opinion "le groupe des Cinq". Favre en est la personnalité dominante avec Ollivier. Très actif, il est l'un des députés qui interviennent le plus en séance. Il est avant tout spécialiste des Affaires étrangères. Il défend par exemple la cause italienne et combat l'expédition au Mexique. Réélu aux élections législatives de 1863 dans la cinquième de la Seine et la deuxième du Rhône, il opte pour le Rhône. Membre de la réunion Marie, Favre voit son influence diminuer au cours de la troisième législature du fait du retour d'autres ténors comme Berryer ou Thiers. Il ne se prive pas d'utiliser en de nombreuses occasions le droit d'interpellation dont les députés bénéficient désormais. Candidat dans plusieurs circonscriptions lors des élections législatives de 1869, il est élu dans la septième de la Seine contre le radical Rochefort. Membre de la gauche fermée, il est l'un des dix députés qui votent contre les crédits de guerre, en juillet 1870. Dans la nuit du 3 au 4 septembre 1870 il propose la déchéance de Napoléon III et de sa dynastie.
Vice-président du gouvernement de la Défense nationale avec charge des Affaires étrangères après le 4 Septembre, il reçoit même pendant quelque temps l'intérim de l'Intérieur et de la Justice. Sa diplomatie aboutit à la capitulation et au traité de Francfort. Il démissionne du gouvernement en juillet 1871. A cette époque, il fait partie de l'Assemblée nationale où il a été élu par six départements. Sénateur du Rhône à partir de janvier 1876, il siège dans les rangs de la Gauche républicaine.
En septembre 1871, il avait reconnu être le père d'enfants illégitimes au cours d'un procès en diffamation intenté contre lui. Sa réputation en était sortie ternie. En août 1874, il avait épousé Julie Velten qui avait été son interprète lors des négociations avec la Prusse. Par ailleurs, Jules Favre avait été élu à l'Académie française au fauteuil de Victor Cousin. Son discours de réception, le 23 avril 1868, lui avait permis de faire une profession de foi déiste qui avait fait grand bruit. Il avait été initié à la Franc-maçonnerie à Toulouse, en mai 1877.

E. Anceau in Dictionnaire des députés du Second Empire, P.U.R., 1999.

Bibliographie :
- Cleland J.S., Jules Favre and the Republican Opposition ton Napoleon III, Ph D diss., University of South Carolina, 1974.
- Favre J., Henry Belval, ..., Paris, Imp. de Chamerot, 1880.
- Perrod P.-A., J. Favre, avocat de la liberté, La Manufacture, 1988.
- Redus M., J. Favre (1809-1880). Essai de biographie historique, ..., Hachette, 1912.