Hippolyte CarnotPropriétaire, député, ministre, éditorialiste, sénateur inamovible.
Né à Saint-Omer le 6 avril 1801, mort à Paris le 15 mars 1888,

D'une famille de la bourgeoisie de robe originaire de Nolay en Bourgogne, Lazare Hippolyte est le fils de Lazare Carnot qui a été successivement député à la Législative, conventionnel, membre du Comité de Salut Public, président de la Convention et membre du Conseil des Anciens. A sa naissance, son père vient de quitter sa fonction de ministre de la Guerre. "L'organisateur de la Victoire" entre par la suite au Tribunat puis devient ministre de l'Intérieur et pair des Cent-Jours. C'est chez ses grands-parents maternels qu'Hippolyte voit le jour. En effet, son père avait épousé en 1791 la fille de l'administrateur militaire de la ville. Cette dernière, Sophie Dupont de Moringhem, lui avait été présentée par son frère, Carnot-Feulins, futur membre de la Législative puis représentant pendant les Cent-Jours, lui-même marié à la soeur de Sophie, Adélaïde. Après la mort de sa mère en 1813, le jeune Hippolyte est élevé par sa tante. Par la suite, il entre à l'Institut polytechnique qui prépare à l'Ecole du même nom. Il décide de renoncer à ses études lorsque le grand Carnot doit s'exiler et il ne rentre en France qu'à la mort de celui-ci, en 1823. Licencié en droit l'année suivante, il refuse de prêter serment à Louis XVIII et ne plaidera jamais. Lié au Père Enfantin, il adhère très tôt aux thèses saint-simoniennes. Les premières réunions du mouvement ont lieu chez lui. Spécialiste des questions d'instruction, il est également charger de propager la doctrine et collabore au Producteur. Désapprouvant l'union libre il rompt avec ses amis en 1831 et voyage en Europe. Il épouse en 1836 Claire Dupont de Savignat, fille d'un ancien aide de camp de son père devenu fournisseur aux armées et nièce du général comte Dupont, ministre de la Guerre sous Louis XVIII. Grâce à ce riche mariage, il peut racheter en 1837 le château de Presles que son père avait perdu lors de sa proscription. Il vit dès lors en propriétaire et se consacre à ses travaux d'écriture et son action au sein de diverses associations comme la Société pour l'Instruction élémentaire dont il est le secrétaire général. Surtout, il décide de se lancer en politique. Il avait déjà participé aux Trois-Glorieuses sur les barricades et avait alors fait partie de la municipalité de son arrondissement. Ses échecs aux législatives de 1834 et de 1837 ne le découragent pas.
Élu par la capitale, il fait son entrée en 1839 à la Chambre des députés. Réélu en 1842 et en 1846, il siège jusqu'à la chute du régime à laquelle il contribue en participant à la campagne des banquets. Nommé ministre de l'Instruction publique et des Cultes lors de la révolution de 1848, il fait adopter dès le 8 mars un décret créant une école d'administration et propose une vaste réforme scolaire dont s'inspirera plus tard Jules Ferry mais qu'il n'a pas le temps de faire lui-même appliquer. En effet, un vote de l'Assemblée désapprouve sa politique et il doit quitter son ministère le 5 juillet. Élu au mois d'avril précédent, représentant de la Seine à la Constituante, il est en revanche battu à la Législative en 1849. Il revient au Parlement à la faveur d'une partielle organisée dans la Seine en mars 1850. Hostile au coup d'Etat, il signe un décret de déchéance de Louis-Napoléon Bonaparte puis se réfugie en Belgique dès le 5 décembre. En souvenir de son père, il n'est pas proscrit et peut donc vite revenir à Paris.
Élu en 1852 dans la quatrième circonscription de la Seine, il refuse de prêter serment et est déclaré démissionnaire. Réélu en 1857 dans la cinquième circonscription, il persiste dans son refus sous la pression des exilés. Il reste cependant très actif, fréquente le salon de Madame d'Agoult et réunit lui-même à son domicile les hommes les plus en vue du parti républicain. Le retentissement de l'action menée par les "Cinq" au Corps législatif finit par lui faire comprendre les avantages de la lutte légale.
Élu lors de l'élection partielle du 20 mars 1864 dans la première de la Seine, il décide cette fois de se soumettre au serment. Inculpé dans le "procès des Treize", il est défendu par son collègue Marie et n'est finalement condamné qu'à une amende de 500 francs. Au Corps législatif, il intervient sur les questions militaires, de politique extérieure et d’enseignement. Il participe à la réunion Marie. Son opposition au régime qui est indiscutable n'en est pas moins modérée, ce qui explique qu'il perde rapidement les faveurs de l'opinion au profit de candidats plus radicaux. Aux élections législatives de 1869, il est battu par Gambetta dans la première circonscription de la Seine. Il échoue à nouveau dans cette même circonscription lors de la partielle du 22 novembre, cette fois contre Rochefort. Il reste néanmoins au premier plan puisqu'il est directeur politique du Siècle.
A la chute de l'Empire, il devient maire du huitième arrondissement de Paris puis représentant de la Seine-et-Oise à l'Assemblée nationale de 1871. Cofondateur de la Gauche républicaine, il prône l'avènement d'une république modérée. Élu sénateur inamovible en 1875, il préside plusieurs fois la Chambre haute en tant que doyen d'âge. Le 3 décembre 1887, il participe à la séance du Congrès au cours de laquelle son fils Sadi (1837-1894), ancien député et ancien ministre, est élu président de la République.
Membre actif de la franc_maçonnerie, Hippolyte Carnot avait échoué en 1870 pour accéder à la Grande-Maîtrise du Grand-Orient contre Léonide Babaud-Laribière.
Hippolyte Carnot a écrit de nombreux livres et brochures dont Les Radicaux et la Charte (1847), Le Ministère de l'Instruction publique et des Cultes (1848), Mémoires sur Carnot par son fils (1861-1863 en deux volumes) ou encore La Révolution française, résumé historique (1867-1872). Il avait été élu à l'Académie des sciences morales et politiques le 25 juin 1881 et avait fondé peu avant sa mort la Société d'histoire de la Révolution française. Trois de ses petits-fils ont siégé à la Chambre des députés sous la IIIe République.

E. Anceau, Dictionnaire des députés du Second Empire. P.U.R., 1999.

Bibliographie :
- Carnot P., H. Carnot et le ministère de l'Instruction publique de la Seconde République, Paris, P.U.F., 1948
- Harismendy P., Sadi Carnot : l'ingénieur de la République, Paris, Perrin, 1995
- Le Béguec (dir.), Une lignée républicaine. Les Carnot sous la Troisième République, Limoges, L. Souny, 1988
- Rémond R., 1789-1889. Histoire d'un siècle et d'une famille. Les trois Républiques et les trois Carnot, Paris, G. Maurice, 1889.