Eugène Cavaignac Général, gouverneur général de l'Algérie, représentant à la Constituante, ministre et chef du pouvoir exécutif, député.
Né à Paris le 15 octobre 1802, mort à Flée (Sarthe) le 28 octobre 1857.

D'une famille de la bourgeoisie du Rouergue, Louis Eugène Cavaignac est le fils de Jean-Baptiste, successivement conventionnel, membre du Conseil des Cinq-Cents, conseiller d'Etat du royaume de Naples, baron d'Empire et préfet des Cent-Jours et de Juliette Olivier Corancez, fille du fondateur du Journal de Paris et future dame d'honneur de la reine de Naples. Son oncle, le général Jacques Cavaignac, vicomte de Baragne sous la Restauration et pair de France sous la monarchie de Juillet est marié à une fille du maréchal Pérignon ce qui en fait l'oncle par alliance d'Edmond de Carayon-Latour.
Élève du collège Sainte-Barbe puis du lycée Louis-le-Grand, Eugène Cavaignac est rayé de la liste d'inscription à Polytechnique en tant que fils de régicide et c'est à l'intervention de l'abbé Frayssinous qu'il doit d'entrer tout de même à la prestigieuse école. Il passe ensuite par l'Ecole militaire de Metz et en sort sous-lieutenant. Profondément républicain, il a fondé à Polytechnique une vente affiliée à la Charbonnerie. La monarchie de Juillet le déçoit rapidement tout comme son frère aîné Godefroy (1800-1845) qui devient vite l'un des chefs du parti républicain. Eugène est d'abord placé en disponibilité avant d'être envoyé en Algérie. Dès 1833, il s'illustre lors de l'épisode d'Oran. Colonel des zouaves en 1841, il obtient sa cinquième citation l'année suivante. En 1844, il devient maréchal de camp et reçoit la direction de la province d'Oran. Nommé gouverneur général de l'Algérie suite à la révolution de Février 1848, il préfère rentrer en France pour y suivre de plus près les évènements.
Après un premier refus en mars, il finit par accepter le ministère de la Guerre, le 17 mai. Commandant en chef des troupes chargées de défendre l'Assemblée, il réprime les journées de juin et les députés décrètent qu'il a bien mérité de la patrie. Chef de l'exécutif le 24 juin, il est ensuite nommé président du conseil des ministres. Les républicains les plus modérés en font leur candidat pour l'élection présidentielle de décembre 1848. Il est l'adversaire le plus sérieux de Louis-Napoléon Bonaparte, mais est nettement devancé par ce dernier. Il n'en renonce pas pour autant à la politique. La Seine et le Lot l'avaient élu à la Constituante quelques mois plus tôt. Les deux mêmes départements lui renouvellent leur confiance en 1849 lors des élections à la Législative. Arrêté lors du coup d'Etat du 2 Décembre, il est envoyé à Mazas puis à Ham jusqu'à la fin du mois. Il en sort sur l'intervention de Morny. Mis à la retraite sur sa demande et retiré dans la Sarthe, le prestigieux général, commandeur de la Légion d'honneur devient l'un des symboles de la résistance au nouveau régime.
En 1852, la troisième circonscription de la Seine l'élit au Corps législatif. Il refuse de prêter serment tout comme Carnot et Hénon et est déclaré démissionnaire. Aux élections générales de 1857, il recueille des voix dans douze départements, et est à nouveau élu par la troisième de la Seine et persiste dans son refus. C'est au cours d'une partie de chasse sur ses terres de Flée (Sarthe) qu'il est atteint d'un malaise. Son garde-chasse le ramène en son château d'Ourne, où il succombe quelques instants plus tard. Il était franc-maçon, membre de la loge Thémis de l'orient de Caen.
En décembre 1851, il avait épousé Louise Odier, fille de James, régent de la Banque de France et petite-fille d'Antoine, censeur de la Banque de France, président du tribunal de commerce de Paris, député sous la Restauration et la monarchie de Juillet et pair sous ce dernier régime. Son fils Godefroy, né en 1853, lauréat du concours général en version grecque en 1867, a refusé de recevoir son prix des mains du Prince impérial. Député de la Sarthe de 1882 à sa mort en 1905, il a aussi été secrétaire de la Chambre, ministre de la Marine et des Colonies et ministre de la Guerre.

E. Anceau in Dictionnaire des députés du Second Empire, P.U.R., 1999.

Bibliographie :
- Chardon L., Biographie complète du général Cavaignac, Bordeaux, Imp. de Vve N. Duviella, s.d.
- Deschamps A., Eugène Cavaignac, ..., Paris, Lacroix, Verboeckhoven et Cie, 1870, 2 vol.
- Les deux généraux Cavaignac. Souvenirs et correspondance. 1808-1848, Paris, H. Charles-Lavauzelle, s.d.