Adolphe CrémieuxAvocat, journaliste, président du Consistoire central puis de l'Alliance Israélite Universelle, député d'Indre-et-Loire, ministre de la Justice du gouvernement provisoire en 1848, député à la Constituante puis à la Législative, député de la Seine, ministre de la Justice du gouvernement de la Défense nationale, représentant de l'Algérie à l'Assemblée nationale en 1872, sénateur inamovible en 1875.
Né à Nîmes (Gard) le 30 avril 1796, mort à Paris le 10 février 1880.

Né dans une famille israélite originaire de Carpentras, Isaac Adolphe est le fils d'un petit négociant en soieries dont l'entreprise fait faillite sous la Révolution. Après le décès de son père, Adolphe rembourse l'intégralité de ses dettes et obtient sa réhabilitation judiciaire en 1837. D'abord pensionnaire d'un établissement catholique à Nîmes, il poursuit ses études au lycée Louis-le-Grand où il se lie d'amitié avec Montalivet fils et Victor Hugo. Brillant, il est lauréat du concours général. Par patriotisme, il rédige en avril 1815 une adresse de fidélité à Napoléon. Il fait son droit à Aix-en-Provence et est reçu docteur en 1817. Il s'inscrit la même année au barreau de Nîmes et y acquiert vite une grande renommée. Comme sa femme, Amélie Silny, fille d'un commerçant juif de Metz, épousée en 1824, ne se plaît pas dans le Midi, il s'installe à Paris. Il adhère avec enthousiasme à la monarchie de Juillet et, en août 1830, rachète à Odilon Barrot sa charge d'avocat au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation. Il s'adonne alors au journalisme et collabore à plusieurs journaux. Il commence une oeuvre immense consistant à résumer l'ensemble des textes législatifs. Il en publie cette année-là les deux premiers volumes consacrés au Code constitutionnel. Il vend sa charge en 1836 et s'inscrit au barreau de Paris.
Crémieux considéré par ses pairs comme l'un des plus grands avocats de son temps, fait partie du Conseil de l'ordre de 1845 à 1848 et de 1856 à 1866 mais échoue au bâtonnat en 1862 et en 1864. Dès la Restauration, il se fait le défenseur de ses coreligionnaires et s'illustre en 1827 dans un procès sur le "serment more judaïco". C'est en grande parie grâce à lui que ce serment est supprimé par un arrêt de la Cour de cassation de 1846. Nommé au Consistoire central en décembre 1830, il accomplit au nom de ce dernier de nombreuses missions à l'étranger, en particulier en Orient. Il en devient vice-président en juillet 1834 et président en décembre 1843. En 1840, il obtient l'acquittement des juifs de Damas accusés de cruauté envers un prêtre catholique. La même année, il fonde au Caire une école pour les enfants israélites. L'Ecole rabbinique de Metz lui doit également beaucoup. Il démissionne de la présidence du Consistoire en juillet 1845 à la suite de la conversion au catholicisme de sa femme et de ses enfants. En juin 1860, il participe cependant à l'élaboration des statuts de l'Alliance Israélite Universelle, en devient président en juin 1863 et le reste jusqu'à sa mort. Il est alors le principal personnage du judaïsme international et est à l'origine du décret du 28 octobre 1870 qui porte son nom et qui fait des israélites des départements de l'Algérie des citoyens français.
Il attend 1842 pour faire son entrée en politique. Élu député de l'Indre-et-Loire cette année-là et réélu en 1846, il siège à l'extrême gauche orléaniste et joue un rôle de premier plan dans la campagne des banquets. Il se montre cependant favorable à une régence au profit de la duchesse d'Orléans. Le 24 février 1848, il devient ministre de la Justice du gouvernement provisoire et accomplit une oeuvre considérable dans cette fonction : abolition de la peine de mort en matière politique, de la contrainte par corps, de l'exposition publique, ... Il démissionne dès le 5 juin car il désapprouve la demande en autorisation de poursuite contre Louis Blanc. Élu à la Constituante par la Seine et l'Indre-et-Loire, il opte finalement pour ce département. Il se prononce pour Louis-Napoléon Bonaparte lors de l'élection du 10 décembre, mais ne tarde pas à se séparer du prince lorsqu'il constate l'infléchissement conservateur de la politique présidentielle. Élu par l'Indre-et-Loire à la Législative, il y siège également à gauche. Lors du coup d'Etat du 2 Décembre, les républicains se réunissent chez lui pour organiser la riposte. Crémieux est arrêté, incarcéré à Mazas mais libéré dès le 14. Il se consacre alors au barreau et défend le financier Mirès ou encore la presse républicaine lors de l'affaire de la souscription Baudin. Il réunit régulièrement dans son salon des écrivains et des hommes politiques de l'opposition.
Crémieux attend cependant les élections législatives de 1869 pour tenter un retour. Battu dans la deuxième circonscription de la Drôme où i la acquis une propriété, il est élu lors de la partielle organisée dans la troisième de la Seine, le 22 novembre suivant, en raison de l'option de Bancel en faveur du Rhône. Il participe à plusieurs commissions et rédige des propositions de loi. Membre de la gauche fermée, il préfère s'abstenir lors du vote des crédits de guerre.
Le 4 Septembre, il devient ministre de la Justice du gouvernement de la Défense nationale. Il décide l'abolition du serment prescrit aux fonctionnaires et destitue les magistrats qui ont pris part aux commissions mixtes après le coup d'Etat de 1851. Délégué du gouvernement à Tours, il exerce pendant cinq jours les pleins pouvoirs puis s'efface en octobre devant Gambetta. Battu en février 1871 aux élections à l'Assemblée nationale, il abandonne une semaine plus tard son portefeuille ministériel. Il fait cependant son entrée à l'Assemblée après son élection lors de la partielle d'octobre 1872 en Algérie. Il préside l'Union républicaine à partir de décembre 1873. Malade de la goutte, il participe peu aux travaux de la Chambre, mais est néanmoins élu sénateur inamovible en décembre 1875. Il siège à l'extrême gauche de façon discrète. Il meurt, dit-on, du chagrin occasionné par la perte de sa femme, onze jours plus tôt. Ses funérailles ont lieu aux frais de l'Etat. Initié en 1818 à la loge nîmoise "le bienfait anonyme" du Grand-Orient, Crémieux avait finalement opté pour le rite écossais dont il était devenu lieutenant commandeur en juin 1868 et grand-maître en mars 1869.
Sa petite-fille s'est mariée avec Jean Cruppi, député de la Haute-Garonne, ministre du Commerce et de l'Industrie, ministre des Affaires étrangères puis garde des Sceaux et son arrière-petite-fille a épousé Gaston Thomson, député de Constantine, ministre de la Marine puis du Commerce et de l'Industrie.

E. Anceau, Dictionnaire des députés du Second Empire. P.U.R., 1999.

Bibliographie :
- Amson D., Adolphe Crémieux. L'oublié de la gloire, Paris, Le Seuil, 1988.
- Posener S., Adolphe Crémieux (1796-1880), Paris, F. Alcan, 1933-1934, 2 vol.