Le général Fleury par Dubufe, (c) RMN

Général, aide de camp, premier écuyer puis grand écuyer de l'Empereur, sénateur, ambassadeur.
Né à Paris le 23 décembre 1815, mort à Paris le 11 décembre 1884.

Émancipé à l'âge de 18 ans, Émile Félix Fleury dissipa en quelques années presque tout son patrimoine puis se retira en Angleterre avec les épaves de sa fortune. Il y retrouva Persigny, qu'il avait connu quelques temps auparavant, et le marquis de Gricourt, qui l'éveillèrent à la politique et lui présentèrent Louis-Napoléon Bonaparte. Rentré à Paris, il s'engagea comme simple cavalier dans les spahis d'Oran. Il occupa les fonctions de secrétaire du lieutenant-colonel Yussuf, qui commandait le régiment. Brigadier, puis maréchal des logis dès 1838, il fut directement nommé sous-lieutenant en décembre 1840. Il participa en 1841 à l'expédition de Mascara, où il fut cité à l'ordre de l'armée, et au combat de Tackmaret, qui lui valut cette fois une citation à l'ordre de la division. En 1843 il était à la prise de la smala d'Abd-el-Kader, où il fut distingué par le duc d'Aumale, et en 1844 à la bataille de l'Isly, où Bugeaud le remarqua. Chevalier de la Légion d'honneur, puis lieutenant en 1842, capitaine en 1844, il passa en 1845 sous les ordres du colonel de Saint-Arnaud, fut blessé cette même année à la main gauche et continua à montrer sa bravoure dans les divers combats de la pacification. Il était plutôt favorable à cette époque aux Orléans, mais il est déçu par l'inaction du duc d'Aumale face à la révolution de 1848 : "Le prince avait remis son commandement et s'était embarqué à la première injonction du gouvernement provisoire, tandis qu'il lui était facile d'emmener avec lui quinze ou vingt mille hommes pour aller rétablir le trône de son père." Nommé chef d'escadron en juillet, il se "jeta dans le parti impérial", selon ses propres termes, après avoir retrouvé Persigny grâce à Nieuwerkerke qu'il avait connu au collège Rollin. "C'est à Persigny que je dois ma fortune politique", dit-il : il devint officier d'ordonnance du président de la République en décembre, après en avoir exercé les fonctions pendant la campagne électorale où il était en quelque sorte son garde du corps. Il fut promu officier de la Légion d'honneur en 1849. En août 1851, il s'absenta quelques semaines pour participer, comme lieutenant-colonel commandant le 1er régiment de hussards, à l'expédition de Kabylie. Mais son rôle, précieux pour Louis-Napoléon, était ailleurs. Maupas le résume parfaitement : "L'éclat de sa bravoure autant que le charme de son esprit lui avaient créé des relations d'affectueuse intimité avec les généraux et officiers supérieurs de l'armée. Doué d'une rare pénétration, il connaissait le fort et le faible de chacun ; il savait dans quelle mesure on pouvait compter sur tel officier, sur tel régiment ; on peut dire que, grâce à ses souvenirs d'Afrique, il avait choisi un à un, la presque totalité des généraux de l'armée de Paris. Le plus important de ses choix était à coup sûr celui du général de Saint-Arnaud (...). C'était également le colonel Fleury qui avait désigné les régiments qui formaient, au Deux-Décembre, la garnison de Paris, et son choix était bon. Il était en quelque sorte le ministre de la Guerre pour les questions de personnes. C'est à lui, dans les hauts grades, qu'on s'adressait quand on voulait (...) obtenir de l'avancement. C'était là, pour le colonel Fleury, autant d'occasions de faire des amis à son Prince ; Il n'en négligeait aucune, et il entretenait habilement le feu sacré au cœur de ces jeunes généraux dont il avait fait la fortune. Les ministres de la Guerre passaient, le colonel Fleury restait."
Lors du coup d'État, il donna de sa personne et fut blessé à la tête. Colonel en novembre 1852, aide de camp et premier écuyer de l'Empereur en décembre, général de brigade en 1856, commandant en 1858 puis, en 1859, grand officier de la Légion d'honneur, il continua à jouer auprès du souverain ce rôle capital mais effacé qui ne se limitait plus au tableau d'avancement. Maupas, encore, le confirme : "Le général Fleury, aide de camp de l'Empereur et son confident le plus intime, par un privilège exceptionnel, avait trouvé le secret de parler avec franchise à son auguste maître, de le contredire, quand il le jugeait profitable aux intérêts du pays et de la Couronne, et cela sans que sa faveur fût jamais en déclin. Cette faveur, il la conserva pendant vingt années, et on peut dire que ses conseils, dans toutes les circonstances graves du règne, ont toujours été empreints d'une grande sagesse et d'une rare clairvoyance."
Directeur général des Haras en 1860, général de division en 1863, il fut appelé au Sénat le 15 mars 1865, mais il y garda la plus grande réserve et reçut la même année le titre de grand écuyer de l'Empereur. Il fut chargé au cours du règne de diverses missions diplomatiques, à Turin en juillet 1861, à Copenhague en décembre 1863, à Florence en décembre 1866 ; il fut nommé, le 25 septembre 1869, ambassadeur en Russie. Il s'y fit apprécier du tsar et y resta jusqu'à la chute de l'Empire. Certains considèrent que ses conseils, qu'il ne pouvait plus prodiguer en raison de son éloignement, firent cruellement défaut en 1870. Placé en disponibilité dès son retour en France, en 1871, il fut mis à la retraite en 1879.

Le général Fleury avait épousé une Calley de Saint Paul dont il eut trois fils.

Source :
- F. Choisel in Dictionnaire du Second Empire. Fayard, 1995
- Jackyinfos.

Bibliographie :
Fleury (Gal Emile-Félix), Souvenirs du Général Fleury.

Illustration : Le général Fleury par Dubufe, (c) RMN.