morlot.jpgHomme d’église, évêque d’Orléans, archevêque de Tours puis de Paris, cardinal, grand aumônier de l’Empereur.
Né à Langres (Haute-Marne) le 28 décembre 1795, mort à Paris le 26 décembre 1862.

Nicolas Morlot est fils de commerçants. Élève du collège puis du petit séminaire de Langres en 1808. Il se dirige ensuite vers le grand séminaire de Dijon. A partir de 1818, il est en même temps précepteur dans la famille de Saint-Seine. Ordonné prêtre en 1820, il devient vicaire de la cathédrale de Dijon. En 1830, Mgr Raillon le choisit comme vicaire général, puis il est élu vicaire capitulaire lors de la vacance du siège en 1832. Cependant le nouvel évêque de Dijon, Mgr Rey, l’écarte du vicariat général et le nomme chanoine. En 1838, au départ de son évêque auquel il a fort contribué, l’abbé Morlot redevient vicaire général, avant d’être nommé évêque d’Orléans le 10 mars 1839. Il est peu après, le 28 juin 1842, promu archevêque de Tours. Au moment de la Seconde République, il est un des plus ardents défenseurs de la tenue d’un concile national, position qui est désapprouvée par les ultramontains. Il soutient Louis-Napoléon dès l’élection du 10 décembre, puis se rallie au coup d’Etat, avec éclat, avant de fêter le rétablissement de l’Empire. Ce soutien marqué lui vaut d’obtenir le chapeau de cardinal le 7 mars 1853. Il conserve en outre ses fonctions au Conseil supérieur de l’Instruction publique, où il avait été élu en 1850. De tendance gallicane, il reste cependant en retrait dans les luttes qui opposent libéraux et ultramontains au début des années 1850, même s’il partage les points de vue de Dupanloup et soutient son journal, L’Ami de la religion. De même, il défend son ami Bouvier dont le manuel de théologie est alors condamné par Rome, ainsi que le philosophe Victor Cousin qu’il tente de ramener à l’Eglise et qu’il entend protéger contre les attaques des ultramontains. Il reste également réticent à rétablir la liturgie romaine dans son diocèse, ce qu’il ne fait qu’à la fin de 1856. Néanmoins, son attachement au pape, manifesté lors de son exil à Gaète et lors de nombreux voyages à Rome qu’il fait, est réel. Le Saint-Siège ne s’oppose donc pas à sa promotion à Paris le 24 janvier 1857, même si le nonce y voit un signe adressé au parti gallican par le nouveau ministre des cultes, Rouland.
Archevêque de Paris, le cardinal Morlot cumule très vite tous les honneurs. Déjà commandeur de la Légion d’honneur depuis 1854, il était également sénateur depuis sa promotion au cardinalat en 1853. Il se voit en plus confier la charge de grand aumônier le 5 août 1857, ainsi que celle de primicier du chapitre de Saint-Denis. Il est donc l’évêque de la cour, ce qui signifie qu’il délaisse largement l’administration du diocèse de Paris, confiée en fait à l’abbé Darboy qu’il demande comme coadjuteur en 1859. En outre, depuis février 1858, le cardinal Morlot est membre du conseil privé, appelé à devenir éventuellement conseil de régence. Il est naturellement alors l’un des conseillers les plus écoutés en matière de nominations épiscopales. Cette position officielle en fait l’un des défenseurs obligés de la politique italienne de l’Empereur en laquelle il a tout d’abord pleine confiance. Cependant, il manifeste en privé des inquiétudes face à l’orientation des positions de Napoléon III, invitant par exemple en décembre 1859 Mgr Régnier à manifester à l’Empereur les sentiments de l’épiscopat devant la situation faite au pape. Il songe également à démissionner de toutes ses fonctions. Il reste très prudent au Sénat, même si, en mars 1860, il fait quelques observations sur le fameux discours du gallican Dupin, puis lors de la discussion de l’adresse en 1862, tente de défendre la Société de Saint-Vincent de Paul. Attaché au pouvoir temporel du pape, il instaure à Paris l’œuvre du denier de Saint-Pierre. De même il se rend à Rome en 1862 et signe l’adresse de l’épiscopat en faveur du pouvoir temporel, même s’il a quelque peu hésité. Fidèle à une attitude de modération qui fut le propre de son épiscopat, le cardinal Morlot refuse ainsi d’abandonner la cause du pape, sans pour autant rompre avec le régime qui l’a couvert d’honneurs. Mais ni le Saint-Siège ni l’Empire ne lui tiennent rigueur de ce soutien modéré, puisque le pape lui fait savoir qu’il préfère ne pas le voir démissionner, ce qui risquerait de conduire à la nomination d’un évêque encore plus gallican. Quant à l’Empereur, il vint visiter le cardinal à l’article de la mort, signe supplémentaire de la place que tenait l’archevêque de Paris dans la maison impériale.

Jacques-Olivier Boudon in Le Dictionnaire du Second Empire, Fayard, 1995.

Bibliographie :
F. Bonafe et A. Scum, Le Cardinal Morlot, 1983.