Cora Pearl. Coll. Ron Sheeley

Incertaine est la frontière séparant – en principe – la galanterie du théâtre et même de la diplomatie occulte. C’est grâce à sa maîtresse miss Howard, fille d’un marinier de la Tamise, que Louis-Napoléon avait pu financer son coup d’Etat, et leurs relations se prolongèrent quelque temps. Quant à la superbe comtesse de Castiglione, envoyée à Paris par le roi Victor-Emmanuel avec ces instructions explicites : « Réussissez par n’importe quel moyen, mais réussissez ! » , elle parvint sans peine à attirer dans son lit un empereur facilement inflammable, mais non à lui dicter une politique, ce à quoi personne jamais ne parvint. Elle se consola en vendant à lord Hertford, pour l’astronomique somme d’un million, une nuit où l’aristocrate anglais s’efforça d’en recevoir pour son argent.
D’autres étaient actrices ou se prétendaient telles, comme la ravissante Alice Ozy, laquelle organisait des réceptions où certains invités posaient leur candidature, lucidement examinée et tarifée. Malheur aux jeunes filles de la bonne société égarées dans ces « raouts », et qui en sortaient déconsidérées :

« Les demoiselles chez Ozy menées
Ne doivent plus croire aux hyménées… »

Mais le corps d’Alice était un chef-d’œuvre, et le pinceau de Chassériau en a fait un autre chef-d’œuvre, immortel celui-là.
Des courtisanes de haut vol s’attaquaient à la famille impériale et en particulier au prince Napoléon, dit Plon-Plon, proie facilement consentante. Plusieurs années durant, il fut l’amant de Cora Pearl (voir photo), sans chercher l’exclusivité, et l’intéressée a raconté leurs amours dans ses Mémoires, d’une crudité rare pour l’époque. Elle y détaille avec satisfaction un dîner où elle se fit servir pour dessert à ses convives, étendue nue sur un plat d’argent, entourée de friandises, ou ce bal de 1866 où elle apparut simplement vêtue d’une feuille lourdement incrustée d’émeraudes.
Beaucoup de ces grandes dames de la galanterie, ayant vécu en cigales, finiront dans la misère. D’autres surent conquérir fortune et blason, telle, bien sûr, la marquise de Païva, dont nous avons gardé sur les Champs-Elysées le célèbre hôtel et son non moins célèbre escalier d’onyx. « Ainsi que la vertu, le vice a ses degrés », disait-on.

Article de Georges Poisson paru dans le numéro spécial 37 de la revue Historia.