Pavillon de l'Exposition universelle de 1867. Baldus, (c) Photo RMN

Pour un régime aussi soucieux de progrès économique, les expositions universelles sont des manifestations de première importance. Celle de 1855, aux Champs-Elysées, a été un succès, mais l’on voulut faire mieux encore et, afin de loger les 42 000 exposants annoncés pour 1867, l’ingénieur Krantz conçut, pour le Champ-de-Mars, un énorme palais de fer et de brique dont les dispositions furent unanimement célébrées. En forme d’ellipse de 482 mètres sur 370, il était composé de cercles concentriques consacrés chacun à une activité industrielle ou culturelle et recoupés par des voies radiales limitant les secteurs affectés aux nations exposantes : ainsi pouvait-on, en suivant toute une galerie circulaire, passer en revue les différents visages donnés par tous les pays à une même activité, tandis qu’une promenade au long d’une des allées transversales montrait les activités diverses d’une même nation. De plus, autour du bâtiment, dans les jardins, étaient dissimulés des pavillons nationaux d’architecture caractéristique : la formule perdurera.
L’Exposition remporta un énorme succès. Une foule immense de Parisiens, de provinciaux, d’étrangers s’y précipita de jour et de nuit durant tout l’été. « Moâ ennuyé d’avoir apporté mon femme », disait un Anglais dans une légende de Gustave Doré. Mais d’autres visiteurs, célibataires, s’intéressaient au personnel féminin en costume national des pavillons étrangers, quitte à affronter des désillusions. Le prince d’Orange, s’asseyant au pavillon néerlandais, s’adressa à la serveuse dans la langue de son pays et s’entendit répondre : « J’comprends pas l’anglais, m’sieur. Je suis de Belleville ! »
Jamais Paris n’avait reçu autant de têtes couronnées. On vit au long des allées de l’Exposition et dans les fêtes données en leur honneur les rois de Grèce, de Suède, des Belges, d’Espagne, du Portugal, deux rois de Bavière, grand-père et petit-fils, le sultan Abdul-Aziz, le tsar accompagné de la célèbre Katia, le roi de Prusse et son chancelier Bismarck, l’empereur François-Joseph. Quand, après l’éclatante revue de Longchamp, le tsar et le roi de Prusse encadrant Napoléon III vinrent, à cheval, saluer l’Impératrice, on crut à la fraternité des monarchies d’Europe et à la paix éternelle.
Trois ans plus tard, le second Empire s’effondrait.

Article de Georges Poisson paru dans le numéro spécial 37 de la revue Historia.

A lire :

L'Exposition universelle de 1867 : apothéose du Second Empire et de la génération de 1830, Thèse soutenue en 2001 à l'Ecole des Chartes.
L'Exposition universelle de 1867, dossier de P. Chuard et G. Roux.