L'Opéra de Garnier. Benoist

Qu’est-ce qui décida Napoléon III à ordonner cette ruineuse entreprise ? D’abord l’opulence du temps, bien sûr. Un théâtre lyrique somptueux n’est-il pas, doublement, une vitrine ? On y montre la prospérité de l’Etat. Et l’on s’y montre aussi, pour exhiber sa réussite, ses bijoux, sa maîtresse, sa supposée culture musicale ou sa fille à marier… C’est un lieu incontournable de la vie sociale, au centre des nouveaux quartiers ouverts par les pharaoniques travaux haussmanniens.
Ensuite – peut-on dire surtout ? – l’Empereur ayant échappé de justesse à l’attentat d’Orsini perpétré alors qu’il se rendait à l’opéra de la rue Le Peletier, il en tira les conséquences : un nouvel opéra serait construit, au centre des nouveaux quartiers dégagés par Haussmann, dont les larges avenues seraient faciles à contrôler par sa police. Pour plus de précaution une rampe permettrait même un accès à sa voiture et il pourrait gagner sa loge sans mettre – si l’on ose dire – le nez dehors. Le concours, ouvert en décembre 1860, vit s’affronter 170 projet. Celui de Charles Garnier fut choisi à l’unanimité. Seule l’Impératrice bouda un peu : elle protégeait Viollet-le-Duc !
Ainsi, lorsque l’Impératrice demanda quel était le style du nouvel opéra, Garnier répondit : « C’est du Napoléon III, Madame ! ». On ne pouvait trouver réplique à la fois plus habile et plus juste.
Cependant le monument ne fut pas inauguré par Napoléon III, mais, en 1875, sous la IIIe République, par le maréchal de Mac-Mahon. Les organisateurs omirent simplement d’y inviter Charles Garnier !

Article d’Isabelle Garnier paru dans le numéro spécial 37 de la revue Historia.