De son vrai titre ''Le Beau Dunois'' ("Partant pour la Syrie" est le premier vers), cette romance composée à Malmaison vers 1807-1808, par la reine Hortense pour la ligne mélodique, par Dalvimore pour le rythme et l'accompagnement, et par Alexandre de Laborde pour les paroles, eut rapidement du succès (le genre était alors à la mode) malgré un texte inepte et une musique insignifiante. Elle fut chantée à l'armée pendant la campagne de 1809 et donna lieu à de multiples variations pour toutes sortes d'instruments. Sa popularité et son origine en firent sous la Restauration le chant de ralliement séditieux des bonapartistes. De plus en plus interprétée après 1830, adaptée pour musique militaire avec choeur, elle était prête pour devenir sous le second Empire un hymne officiel, un pseudo-chant national. C'est sur son air que le couple impérial fit son entrée à l'Opéra après l'attentat d'Orsini, et on publia même en 1867 une ''Fantaisie sur les airs nationaux : "God save the queen" et "Partant pour la Syrie"''. Parallèlement, sa carrière populaire continua. On la trouva affublée d'un titre inattendu : Le Choral du peuple (1865) ; elle devint air de danse : pas redoublé ou polka. Elle fut vraiment, jusqu'à la saturation, "l'air" du second Empire.
Elle fut jouée officiellement pour la dernière fois le dimanche 19 mars 1871, quand Napoléon III quitta Wilhelmshöhe où il était prisonnier, pour l'Angleterre. Ce jour-là le refrain, "Amour à la plus belle, honneur au plus vaillant", prenait un sens tragiquement ironique.

Jacques Jourquin in Dictionnaire du Second Empire, dir. Jean Tulard, Fayard, 1995