La Cité Napoléon dans le 9ème arrondissement de Paris

Connaît-on beaucoup de souverains français ayant eu la passion des sciences exactes et auxquels on pourrait attribuer la phrase suivante : « Le grand problème qui m’occupe en ce moment est de supplanter la vapeur par le magnétisme électrique » ? Elle est de Napoléon III, premier homme d’Etat français à se soucier des problèmes de la vie quotidienne de ses concitoyens.
Durant son passage à la présidence de la République, Louis Napoléon fit traduire et abondamment répandre l’ouvrage de l’architecte Henry Roberts, premier spécialiste européen du logement populaire, Des habitations des classes ouvrières, publié en 1850. Dès la préface – anonyme et inspirée - , se marquaient les goûts techniques et novateurs du futur empereur : « Celui qui trouvera ou propagera l’art de chasser l’humidité qui rend malsaines un si grand nombre des habitations de nos ouvriers urbains ou ruraux, celui-là se sera acquis des droits à la reconnaissance du pays. »
Quelques jours après sa prise de pouvoir, le Prince-président s’occupait déjà d’hygiène publique. Par le décret du 15 décembre 1851, le Conseil de Paris – institué en 1848 – prit le titre de « Conseil d’hygiène publique et de salubrité du département de la Seine ». Il devait veiller à l’exécution de la loi du 13 avril 1850, première réglementation française concernant l’hygiène publique.
Par ailleurs, Napoléon III se proposait de résoudre le problème des taudis, mais il se heurta à l’opposition d’Haussmann, totalement indifférent à cette question. Il ne put, en la matière, que faciliter certaines réalisations : ainsi, lors de l’Exposition universelle de 1867, qui se tint dans la capitale, des logements modèles à l’usage des classes ouvrières furent présentés. C’était la première fois qu’une telle place était accordée à des réalisations de ce genre dans une manifestation internationale. L’Empereur lui-même dessina le plan d’un ensemble de quarante et un pavillons – ils existent encore aujourd’hui, avenue Daumesnil, à Paris.
Mais Napoléon III alla encore plus loin dans le souci des détails de la quotidienneté. En effet, tout ce qui ressortissait du domaine technique le passionnait. En 1862, Alphonse Beau de Rochas, stimulé par l’idée du moteur à gaz à deux temps imaginé par Lenoir dans les années 1860, le transforma en moteur thermique à quatre temps ; ce prototype contenait en puissance les développements ultérieurs du moteur à explosion. Au courant de ces recherches insolites, Napoléon III subventionna Rochas sur sa cassette personnelle.
En 1869, Hippolyte Mège-Mouriès découvrit quant à lui la margarine : spécialiste de la chimie alimentaire, ce savant avait orienté ses recherches dans ce domaine pour répondre à un concours organisé par l’Empereur. Celui-ci recherchait en effet un produit de remplacement du beurre qui fût économique et pût se conserver dans les cambuses des navires. Cette liste n’est pas exhaustive. Napoléon III n’était-il donc qu’un « rêveur, un faiseur de grands projets qu’il ne réalisait jamais, un sphinx pour le monde et pour lui-même », ainsi que des historiens anglo-saxons le décrivaient encore il y a trois décennies ?

Article de Roger-Henri Guerrand paru dans le n°211 de la revue L’Histoire.