Après être revenu d'Amérique, où il a été expédié par Louis-Philippe après l'affaire de Strasbourg, pour accourir au chevet de sa mère qui meurt le 5 octobre 1837, Louis-Napoléon voit le gouvernement français réclamer son expulsion de Suisse.
L'ambassadeur de France est chargé de cette démarche à laquelle la Suisse ne répond même pas. L'inquiétude du gouvernement français le conduit alors à faire avancer un corps d'armée vers la frontière helvétique ; puis la Suisse prend des mesures semblables. Devant la gravité de la situation, le prince s'éloigne et s'installe à Londres où il est bien accueilli. L'affaire de Strasbourg l'a fait connaître ; il rencontre beaucoup de monde en Angleterre et reconstitue son entourage de partisans et d'informateurs.
En 1839, Louis-Napoléon publie Les Idées napoléoniennes, manifeste dans lequel il affirmait que l'idée napoléonienne n'avait d'autre finalité que la gloire civile. A Paris, il soutient deux grands journaux.
Louis-Philippe cherche à attirer les anciens serviteurs de l'Empire et à faire siens ses grands souvenirs. A Londres, le prince intervient pour que l'Angleterre rende à la France les restes de Napoléon.
Comme diversion au sein d'une crise politique franco-anglaise, Thiers suggère au roi de demander à l'Angleterre le retour du corps de Napoléon, ce qui occuperait l'opinion publique et mettrait un point final à l'appropriation de ce passé chanté par Béranger et Hugo. Le 14 juin 1840, Le Moniteur publie la loi décidant le retour des cendres de l'Empereur, tandis qu'on s'apprête à couronner la colonne de Boulogne de la statue de Napoléon par Bosio.
Louis-Napoléon n'avait pas cessé de revendiquer l'héritage de l'Empereur et proclamait que ses cendres ne devraient revenir que dans une France où serait rétablie la souveraineté réelle du peuple. Ses agents sondaient dans le nord de la France les appuis que, notamment, l'armée pourrait offrir à ses projets. Le temps était venu de prendre une décision ; à Londres, le prince prépare et imprime ses proclamations au peuple français, à l'armée et aux habitants du Pas-de-Calais, car c'est à Boulogne qu'il va apparaître.
Jusqu'où vont les contacts ? Le général Magnan à Lille, Clauzel, Pajol et même Thiers doivent-ils être reliés à l'affaire de Boulogne ?
Affrétant un paquebot à vapeur, l'Edinburgh Castle, le prince et ses partisans, dont quelques-uns de l'affaire de Strasbourg, arrivent dans la nuit du 5 au 6 août 1840 entre Boulogne et Wimereux. Les conjurés reçoivent des uniformes du 40ème régiment d'infanterie et, vers 2 heures du matin, un canot se détache du navire. En trois voyages, tous débarquent et, sur la plage, trouvent trois des leurs les attendant. Des douaniers surviennent et sont emmenés avec la troupe qui prend le chemin de la colonne Napoléone, le prince en tête. A la hauteur de celle-ci, on lui fait le salut. Vers 5 heures on arrive à Boulogne. S'emparer de la haute ville, du château, de la sous-préfecture et de la mairie nécessite trop d'effectifs, aussi décide-t-on de se rendre directement par la rue du quartier des Tintelleries à la caserne où le 42ème régiment d'infanterie apportera les renforts nécessaires. Les proclamations sont distribuées, chemin faisant, par les volontaires du pays. On arrive à la place d'Alton où se trouve un poste de garde que l'on ne réussit pas à entraîner et l'on parvient à la caserne où le lieutenant Aladenize battait le rappel des deux compagnies du 42ème régiment constituant la garnison de Boulogne ; il avait appartenu à l'une d'elles. Il leur fait prendre les armes et crier : "Vive l'Empereur !" Sa mission est de les entraîner. Le prince arrive avec son escorte ; Aladenize a pris le commandement des deux compagnies et a fait placer entre elles le drapeau impérial auquel il fait présenter les armes. Louis-Napoléon leur adresse un discours. La population se masse dans la rue, criant aussi : "Vive l'Empereur !"
Mais, coïncidence fatale, le capitaine Col-Puygelier auquel le colonel Husson, de Saint-Omer, avait ordonné d'être au même moment dans la forêt de Boulogne, n'était pas encore parti. Il arrive et se voit interdire l'accès par les grenadiers du prince qui l'empoignent, tandis qu'il secoue vainement son sabre, et l'empêchent d'entrer. Le spectacle est surprenant; sa voix est couverte du cri : "Vive le prince Louis !" Il parvient cependant à pénétrer ; le prince se présente à lui, mais il refuse de l'écouter. On le serre de plus près, mais il parvient devant ses troupes et, après un mouvement rétrograde, les conjurés rentrent à nouveau dans la caserne. Col-Puygelier reprend le contrôle de ses troupes et menace les conjurés. Persigny se précipite sur lui : un coup de pistolet part, tiré, semble-t-il, par le prince, et le grenadier Geoffray est légèrement blessé.
Ne parvenant pas à entraîner le régiment, les conjurés se retirent en ordre, et Louis-Napoléon décide de faire une dernière tentative sur la haute ville et le château où se trouve l'armement de la place. Des volontaires distribuent les proclamations à la population qui manifeste sa sympathie. On revient devant la garde de la place d'Alton, à son poste, puis peu avant l'hôtel de la sous-préfecture, face aux remparts, arrive le sous-préfet qui marche vers eux et leur intime l'ordre de se séparer. Lombard le repousse d'un coup de l'aigle de son drapeau, en pleine poitrine ; écarté d'un geste du prince, le sous-préfet descend la rue à grands pas en criant : "Aux armes !"
Le commandant de la place, alerté, avait fermé les portes de la haute ville. Les conjurés ne peuvent ouvrir celle des Dunes et, longeant les remparts, vont à celle de Calais, close aussi ; ils ne parviennent pas à l'enfoncer, même à la hache. Le prince décide alors de se diriger vers la Colonne et, sur son ordre, Lombard y plante le drapeau impérial au sommet, tandis que les conjurés se préparent à se défendre dans le domaine. La gendarmerie, les hommes du 42ème régiment et de la garde nationale arrivent ; l'infériorité numérique et l'absence de moyens de résistance conduisent les conjurés à se replier vers le rivage et leur bateau. Certains gagnent les campagnes ou la ville ; plusieurs ne seront pas retrouvés. Lombard descend de la colonne, serrant le drapeau dans ses bras, entouré de deux conjurés, et résiste pour le rendre ; le sous-préfet le reçoit et en brise la hampe. Vers 8 heures du matin, protégés par les volontaires, Louis-Napoléon et son escorte montent dans un canot se trouvant sur la plage. L'intendant Faure crie aux gardes nationaux excités : "Français, ne tirez pas" ; une balle le frappe à la tête, il tombe à la mer et le canot chavire : il est tué. Le capitaine Dunin est noyé, le colonel Voisin, l'intendant Galvani et le polonais Orvinski sont blessés. Le prince est touché par une balle. Avec quelques conjurés, retirant leurs habits pour nager, il essaye d'atteindre le bateau, mais un canot du port avec des gendarmes s'avance et les recueille.
Les conjurés sont traduits le 15 septembre 1840 devant la Cour des pairs, au Luxembourg ; Louis-Napoléon devant ses juges qu'il connaissait, tel Pasquier le président de la Cour, l'ancien préfet de police de Napoléon, pourra développer cette fois ses idées, rappeler que la Révolution avait établi la souveraineté du peuple, que celui-ci l'avait reconquise en 1830, qu'il appartient au peuple seul de choisir son gouvernement, que tout autre est illégitime et qu'en conséquence la juridiction de la Cour des pairs ne pouvait rendre la justice au nom du peuple. Il ne la reconnaissait pas. Comme à Strasbourg, ses partisans ne se désolidariseront pas de lui.
Sa nouvelle tentative continue de le faire connaître ; malgré la volonté du gouvernement de la minimiser et de le ridiculiser encore, son rôle de dangereux opposant s'affirme.
Le 6 octobre, la Cour condamne Louis-Napoléon à l'emprisonnement perpétuel dans une forteresse du royaume. Conduit au fort de Ham ; il s'en évadera le 25 mai 1846.

par Fernand Beaucour