Le comte DaruMinistre des Affaires étrangères du 2 janvier au 14 avril 1870.
Né à Paris le 11 juin 1807, mort à Paris le 20 février 1890.

Le comte Napoléon Daru est issu d'une famille originaire de Grenoble apparentée à Stendhal, venue se fixer au XVIIIème siècle à Toulouse et anoblie par la charge de capitoul. Il est le filleul de Napoléon Ier et de Joséphine. Son père, ancien membre du Tribunat, est à sa naissance conseiller d'État, intendant de la Maison de l'Empereur et de la Grande Armée et membre de l'Institut. Il est nommé par la suite comte d'Empire en 1809, ministre secrétaire d'État en 1811, ministre de la Guerre en 1814 puis ministre d'État pendant les Cent-Jours avant de siéger à la Chambre des pairs sous la Restauration.
Napoléon est le quatrième de huit enfants. Son frère, le vicomte Paul, né en 1810, est député de Seine-et-Oise sous la monarchie de Juillet. Deux de ses beaux-frères, le marquis d'Oraison et le comte de Latour-Maubourg, oncle du député du second Empire du même nom sont aussi parlementaires. De son côté, il épouse en 1839 Charlotte Lebrun de Plaisance, petite-fille du troisième consul, prince et archichancelier de l'Empire.
Après ses études au lycée Louis-le-Grand, à Polytechnique puis à l'École d'application de Metz, il sert comme sous-lieutenant d'artillerie et est blessé à l'attaque du Fort-l'Empereur en Algérie. Décoré de la Légion d'honneur et nommé lieutenant en premier pour son acte de bravoure, il passe capitaine en second en 1836 puis en premier en 1840 et est promu officier de la Légion d'honneur la même année. Il démissionne en 1848 et se consacre dès lors aux importantes propriétés qu'il possède dans la Manche. A cette époque, il est entré depuis longtemps en politique.
En effet, il est devenu en 1833 pair de France par droit héréditaire. Au sein de la Chambre haute, il est l'un des meilleurs spécialistes des travaux publics et des chemins de fer et préside plusieurs commissions sur le sujet. Sous la deuxième République, Daru fait partie du Comité consultatif de l'Algérie et du Conseil général de l'agriculture, du commerce et des manufactures. La Manche l'envoie à la Constituante à l'occasion d'une partielle, en janvier 1849 puis, quelques semaines plus tard, à la Législative. Membre des Burgraves, vice-président de l'Assemblée, il tente d'organiser la résistance au coup d'État, en réunissant ses collègues chez lui. Il se retrouve enfermé quelques temps à Vincennes. Il quitte alors la politique pour de longues années et entre en avril 1860 à l'Académie des sciences morales et politiques.
Prenant acte de l'évolution libérale du régime, il se présente lors des élections législatives de 1869 dans la quatrième circonscription de la Manche comme candidat de l'opposition modérée. Il est élu, signe la "demande d'interpellation des 116" et devient l'un des chefs du centre gauche avec son ami Buffet. S'il participe rarement aux commissions, son prestige lui permet de présider celle qui est chargée de préparer le règlement du Corps législatif et d'être porté à la vice-présidence de la Chambre. Ministre des Affaires étrangères du cabinet du 2 janvier 1870, il se montre très actif dans sa nouvelle fonction et s'attache à la sauvegarde de la paix. Il propose par exemple une réduction d'armes mutuelle entre la France et la Prusse. Désapprouvant le recours au plébiscite pour ratifier la réforme constitutionnelle, il démissionne avec Buffet dès le mois d'avril. Il entre au conseil général de son département en juin et en devient aussitôt président. Lors des premières défaites contre la Prusse, il est nommé membre du comité de défense puis, comme beaucoup d'autres députés, il tente d'organiser son département et d'y stimuler les ardeurs.
Le 4 septembre, il fait partie de la délégation qui se rend auprès de l'Impératrice pour lui demander de laisser le pouvoir à une commission nommée par la Chambre. Elu en 1871, représentant de la Manche à l'Assemblée nationale, il siège au centre droit et préside les commissions d'enquête sur la révolution du 4 septembre et sur la Commune. Favorable à une restauration, il entre dans le "Comité des neuf". Il est élu sénateur de la Manche en 1876 et vote la dissolution de la Chambre des députés. Battu au renouvellement de 1879, il renonce alors à la politique.

E. Anceau in Dictionnaire des députés du Second Empire, P.U.R., 1999.