talhouet.jpgMinistre des Travaux publics le 2 janvier 1870.
Né à Paris le 11 octobre 1819, mort le 11 mai 1884 au château de Lude (Sarthe).

D'une ancienne famille noble de Bretagne dont la filiation est établie depuis le XVème siècle, son père est maréchal de camp et pair de France et son grand-père maternel, le comte Antoine Roy, représentant à la Chambre des Cent-Jours, député, pair de France et ministre des Finances sous la Restauration. C'est ce dernier dont il est l'héritier qui lui a demandé d'ajouter le nom de Roy à son patronyme. Neveu du comte Le Couteulx de Canteleu, pair de France, du comte Joseph de Lagrange, député et pair de France et du comte de La Riboisière, sénateur, Auguste est le cousin germain du comte Frédéric de Lagrange, du comte de La Riboisière, député et de l'épouse du comte Alfred de Gouy d'Arcy. Il est aussi le beau-frère du duc Emmanuel d'Uzès et du marquis de Padoue, sénateur.
Après avoir étudié au collège Sainte-Barbe, le marquis de Talhouët entre au Conseil d'Etat en 1841 comme auditeur de deuxième classe. Il s'initie à l'éloquence à la Conférence Molé dont il est vice-président en 1846. Au cours de la même année, il accède à la première classe puis passe maître des requêtes. Il renonce à la fonction publique sous la deuxième République pour se consacrer aux affaires et à ses propriétés. Auguste de Talhouët qui figure parmi les 200 plus gros actionnaires de la Banque de France est aussi l'un des plus grands propriétaires fonciers de France, en particulier dans la Sarthe, autour de son château de Lude. Vice-président du chemin de fer d'Orléans, il occupe un siège dans plusieurs autres conseils d'administration. Conseiller général de la Sarthe depuis 1844 et maire de Lude à partir de 1848, il se rend à Paris avec 500 gardes nationaux de son canton et contribue au maintien de l'ordre. Elu à la législative en 1849, il siège dans les rangs conservateurs et monarchistes. Malgré sa haine de l'anarchie, il proteste contre le coup d'Etat du 2 Décembre à la mairie du Xème arrondissement et subit une brève incarcération à Vincennes. Il n'en accepte pas moins l'investiture officielle dans la troisième circonscription de son département lors des législatives de 1852. Elu, il s'installe dans les rangs de la majorité tout en n'hésitant pas à voter contre plusieurs projets gouvernementaux. Il rejette les poursuites contre Montalembert. Il est néanmoins réélu avec l'appui de l'administration en 1857 et en 1863. Il manifeste la même indépendance au cours des deuxième et troisième législatures. En février 1858, il vote contre la loi de sûreté générale après avoir critiqué les ambiguïtés de l'article 2. Il signe l'amendement des "91" puis celui des "84". Membre du "parti des réformes", il est l'un des quarante-trois députés qui réclament la fin des abus de la candidature officielle en janvier 1864, devient l'un des chefs du tiers parti et fait partie des "42". Il occupe la fonction de secrétaire du Corps législatif de 1861 à 1864 et participe à de nombreuses commissions d'intérêt général. Constamment membre de la commission du budget de 1864 à 1869, il en est le secrétaire de 1864 à 1866. Il participe aussi en 1867 aux travaux de la commission du contingent ou à ceux de la commission chargée d'examiner le projet sur l'armée et la garde nationale mobile. En 1869, il se présente aux législatives avec un programme nuancé de libéralisme. Il l'emporte nettement sur Raspail, malgré la neutralité du gouvernement. Très influent, il contribue au succès de la "demande d'interpellation des 116" dont il est l'un des signataires. Il refuse un portefeuille dans le gouvernement de transition qui suit. Il adhère au programme du centre droit tout en restant très proche de nombreux membres du nouveau centre gauche. Lorsque le Corps législatif élit pour la première fois son bureau, le 1er décembre 1869, il arrive en tête des candidats à la vice-présidence. Il occupe cette fonction jusqu'à son entrée au sein du gouvernement du 2 Janvier. Intermédiaire entre les deux centres, il est en effet indispensable à Ollivier et reçoit le ministère des Travaux publics. Opposé au plébiscite, il démissionne en mai et retrouve la vice-présidence du Corps législatif au terme d'un scrutin triomphal. Après les élections cantonales de juin 1870, il devient président du conseil général de la Sarthe. Rapporteur de la commission chargée d'examiner les quatre projets d'urgence, le 15 juillet 1870, il affirme au vu des pièces que la France a bien été injuriée par le roi de Prusse et que l'armée est "en état de faire face, avec une promptitude remarquable, aux nécessités de la situation." Il entraîne ainsi plusieurs de ses collègues jusque-là hésitants à voter les crédits de guerre.
Après la chute de l'Empire, il est élu par son département à l'Assemblée de 1871. Il siège au centre droit, s'inscrit à la réunion des Réservoirs et exerce la vice-présidence de la deuxième commission des Trente. Il se prononce contre l'amendement Wallon et les lois constitutionnelles. En 1876, il entre au Sénat, s'y montre partisan de la dissolution de la Chambre et appuie la politique du gouvernement du 16 Mai. Il ne brigue pas de nouveau mandat en 1882 et meurt en son château de Lude en 1884. Il était commandeur de la Légion d'honneur depuis août 1869. Disposant d'au moins 300 000 francs de revenus en 1870, il était à la fin de sa vie à la tête d'une énorme fortune estimée à près de 25 millions de francs. Son fils cadet, Georges a été député des Deux-Sèvres sous la IIIème République.

Eric Anceau, Dictionnaire des députés du second Empire, P.U.R., 1999.