fortoul.jpgMinistre de la Marine du 26 octobre au 3 décembre 1851. Ministre de l'Instruction publique et des Cultes du 3 décembre 1851 au 7 juillet 1856.
Né à Digne (Basses-Alpes) le 13 août 1811, mort à Ems (Allemagne) le 7 juillet 1856.

Après des débuts de romancier, de critique d'art et d'historien de la peinture, Hippolyte Fortoul fut reçu docteur ès lettres, obtint une chaire d'histoire de la littérature française à Toulouse, puis devint en 1846 recteur de la faculté d'Aix. D'opinions avancées dans sa jeunesse, il inclinait vers le socialisme saint-simonien et la république ; mais ses idées évoluèrent ensuite. Elu à l'Assemblée constituante par les Basses-Alpes en janvier 1849, il siégea sur les bancs du parti de l'Elysée jusqu'à la fin de la IInde République. Il fut question de lui pour entrer au gouvernement en janvier 1851 lors de la formation du ministère qui destitua Changarnier. Il dut attendre le 26 octobre pour être nommé ministre de la Marine, et reçut l'Instruction publique et les Cultes au lendemain du coup d'Etat.
Attaché à la modernisation de l'enseignement, il développa l'étude des langues vivantes, de la gymnastique, et créa une section scientifique distincte de la section littéraire à partir de la classe de quatrième (c'est ce qu'on a appelé la "bifurcation"). Mais on a surtout retenu de son administration la mise au pas de l'Université : il supprima l'inamovibilité des professeurs de faculté et révoqua des opposants tels que Victor Cousin, Michelet, Edgar Quinet, Jules Simon ; il reprit en main l'Ecole normale dont les élèves avaient été hostiles au 2 décembre ; il décida que, désormais, les membres du conseil supérieur de l'Instruction publique et des conseils académiques seraient désignés par le ministre, et dessaisit les communes de la nomination des instituteurs, au profit du recteur puis du préfet. Il supprima l'agrégation d'histoire et celle de philosophie, remplaçant cette dernière matière dans les lycées par un simple enseignement de logique, afin d'exclure des études "ces problèmes téméraires qui jettent le trouble dans les esprits sans les éclairer, qui excitent une curiosité inquiète sans la satisfaire". Il astreignit les professeurs de faculté à déposer à l'avance le plan de leurs cours, et encadra l'ensemble du corps enseignant par des règlements stricts et détaillés : il alla jusqu'à interdire le port de la barbe, "symbole d'anarchie". Il tenta également de réformer l'Institut de France, foyer gênant d'opposition orléaniste, mais ne réussit finalement qu'à créer une section nouvelle de l'Académie des sciences morales et politiques (la section de politique, administration et finance) dont il nomma les 10 membres. Devenu ministre à une époque où le gouvernement avait besoin du concours de l'Eglise et où Napoléon III souhaitait une entente avec la Saint-Siège, Fortoul dut ménager les influences cléricales et ultramontaines. Ainsi, lorsqu'il y avait conflit entre un instituteur et un curé, le ministre donnait toujours satisfaction à ce dernier. Il tenait toutefois à limiter la domination du clergé sur l'enseignement public et s'employa pour cela à le rendre inattaquable du point de vue religieux, afin d'ôter aux curés et aux évêques tout prétexte d'ingérence. Par exemple, dans les lycées, les professeurs protestants ou israélites furent écartés des cours de logique. Il réussit ainsi à sauver l'existence même de l'enseignement public que les catholiques les plus extrémistes voulaient complètement démanteler. Peu favorable à la loi Falloux (il estimait que l'enseignement de l'Etat était suffisamment fiable au plan politique depuis sa reprise en main), il laissa cependant l'essor de l'enseignement libre continuer sur sa lancée, et il se limita à imposer l'inspection des établissements, essentiellement en vue d'empêcher qu'une influence légitimiste hostile à l'Empire s'y développe (ainsi fit-il fermer un collège de Jésuites où le bris du buste de Napoléon III par les élèves n'avait pas été sanctionné ; de même, il interdit l'ouverture d'un collège religieux dans un diocèse où l'évêque faisait la preuve de son opposition au régime). Méfiant vis-à-vis des congrégations, n'étant cependant pas gallican, mais étant poussé dans ce sens par son administration, Fortoul défendit les coutumes de l'Eglise de France, les droits des évêques et ceux de l'Etat contre le pape, en particulier en matière de nominations épiscopales (où il fut mal soutenu par le ministre des Affaires étrangères et par notre ambassadeur à Rome ; mais il obtint tout de même, après de longues négociations, la démission de l'évêque légitimiste de Luçon, ouvertement rebelle à l'Empire). Il dut en fait se contenter de sauver les apparences ; et, d'ailleurs, la majorité des évêques nommés sous son administration étaient ultramontains, ceux-ci étant de plus zélés partisans de l'Empire que les gallicans. Il mourut, à son poste, Napoléon III lui ayant toujours gardé sa confiance.

Francis Choisel in Le Dictionnaire des Ministres, Perrin, 1990, dir. B. Yvert.