rouland.JPGMinistre de l'Instruction publique et des Cultes du 13 août 1856 au 24 juin 1863. Ministre présidant le Conseil d'Etat du 18 octobre 1863 au 28 septembre 1864.
Né à Yvetot (Seine-Inférieure) le 1er février 1806, mort à Paris le 12 décembre 1878.

Après des études à la faculté de droit de Paris, Gustave Rouland fit carrière dans la magistrature debout, principalement en Normandie, sa province natale, et devint avocat général à la Cour de cassation en 1847, puis procureur général à la cour de PAris en 1853. A la mort de Fortoul, alors que Napoléon III voulait nommer son ministre de la Justice, Abbatucci, au ministère de l'Instruction publique et des Cultes, celui-ci déclina l'offre et lu proposa Rouland, qui fut agréé. Cette nomination était le signe que l'Empereur voulait réagir contre les envahissements du clergé et les progrès de l'ultramontanisme : le nouveau ministre des Cultes était en effet sincèrement catholique, mais résolument gallican. Cependant, il mena d'abord une politique modérée, afin de ne pas s'attirer l'hostilité de l'impératrice Eugénie et de Walewski ; mais, à partir de 1860, les péripéties de l'unité italienne, en provoquant l'opposition de plus en plus ouverte du clergé à la politique impériale, amenèrent Rouland à agir plus nettement. Il tenta de restreindre le développement des congrégations, particulièrement important depuis 1850, notamment en entravant les dons et legs qui leur étaient faits, en diminuant le nombre des autorisations de nouveaux établissements de femmes, et en se refusant à tolérer toute nouvelle création dans les congrégations d'hommes non autorisées., telles que Jésuites ou Capucins. Il s'efforça aussi de nommer des évêques gallicans en plus forte proportion, et se trouva ainsi à plusieurs reprises en conflit avec le pape qui refusait de leur conférer l'institution canonique. Les négociations engagées par Fortoul pour obtenir la reconnaissance pontificale des facultés de théologie de l'Etat furent poursuivies, mais achoppèrent également sur l'appréciation divergente des droits respectifs de l'Etat et du Saint-Siège en la matière. Rouland poussa enfin la malveillance vis-à-vis du clergé jusqu'à laisser éclater au grand jour les procès de droit commun dans lesquels des prêtres étaient inculpés, alors que jusque-là la justice était faite de manière plus discrète, en accord avec les évêques. Ainsi Mgr Dupanloup put-il dénoncer "la guerre, cachée quelquefois sous des apparences de légalité, mais cependant vive et manifeste jusqu'à la maladresse, parfois jusqu'au scandale, qui nous est faite par trois ministres : le ministre de l'Intérieur, le ministre des Cultes et le garde des Sceaux. Cette guerre se révèle par une suite de mesures hostiles, de tracasseries vexatoires, de circulaires profondément blessantes où l'intention d'humilier, d'entraver l'Eglise et de maltraiter le clergé est aussi visible qu'impolitique. Assurément, si on veut de parti pris aliéner au gouvernement tout l'épiscopat, on ne saurait mieux faire". Cette lutte contre le clergé fut également menée dans le domaine de l'enseignement : on rappela l'interdiction faite aux établissements privés de prendre le titre de collège ; on contraignit les écoles communales dirigées par des frères à ne pas prendre à leur charge la gratuité des cours ; on soutint mieux les instituteurs contre les curés ; on tenta de limiter le nombre de transferts d'écoles communales d'un instituteur laïc à un religieux ; on contrôla plus strictement les écoles privées. Parallèlement, les crédits de l'enseignement public furent accrus notablement, et Rouland relâcha quelque peu l'autoritarisme tatillon du ministère sur l'Administration, tel qu'il avait été inauguré par Fortoul.
Lors du remaniement ministériel qui suivit les élections de 1863, Rouland perdit son poste, qu'il avait occupé durant sept ans sans interruption. Il fut peu après appelé aux fonctions de ministre présidant le Conseil d'Etat, puis de vice-président du Sénat (1864-1870). Après la chute de l'Empire, en 1876, il fut élu sénateur bonapartiste de la Seine-Inférieure, qu'il avait déjà représentée comme député guizotin entre 1846 et 1848. Il fut également gouverneur de la Banque de France à partir de 1864 et conserva ce poste sous la République sauf une courte interruption en 1871.

F. Choisel in Le dictionnaire des ministres, Perrin, 1990, dir. B. Yvert.