gramont_appert.jpgMinistre des Affaires étrangères le 15 mai 1870.
Né en 1819, mort en 1880.

Issu d'une des plus vieilles familles de noblesse française, le duc Agénor de Gramont intégra l'Ecole polytechnique en 1837, mais quitta l'armée dès 1840. Lié au prince Louis-Napoléon, il entra dans la diplomatie après le coup d'Etat du 2 Décembre. Ministre plénipotentiaire en Hesse-Cassel en 1851, puis au Wurtemberg en 1852, il fut envoyé à Turin en 1853, où il eut à négocier l'entrée du Piémont dans la guerre de Crimée au côté de la France. Ambassadeur à Rome en 1857, il se trouvait dans la capitale pontificale au moment de la guerre d'Italie et de l'unité italienne ; or ses sympathies pour le Piémont - d'où il était originaire - autant que le cours des évènements, furent la cause de son remplacement. En 1861, il fut envoyé en Autriche et sut s'y attirer tout particulièrement l'estime de l'empereur François-Joseph. En 1870, lors de la démission de Daru du ministère des Affaires étrangères, Emile Ollivier aurait souhaité s'attribuer ce portefeuille, mais Napoléon III préférait qu'il continuât à se consacrer à la politique intérieure et, dans une situation internationale calme, estimait que la priorité n'était pas à la politique étrangère : "N'importe qui conviendra, puisque nous sommes décidés à ne rien faire". Ollivier chercha alors, selon ses propres termes, "un diplomate qui tiendrait la place tant que durerait notre période d'effacement, et qui la (lui) rendrait au moment opportun".
Gramont fut désigné le 15 mai 1870. Venant de Vienne, il était défavorable à la Prusse. Aussi, lorsque la candidature de Léopold de Hohenzollern au trône d'Espagne fut rendue publique, il réagit vivement, déclarant à l'ambassadeur d'Angleterre : "(Cette candidature) nous lèse dans nos intérêts, elle nous offense dans notre honneur" ; et à l'ambassadeur d'Autriche : "Cela ne sera point, nous nous y opposerons par tous les moyens, dût la guerre avec la Prusse en résulter". Son attitude semblait montrer qu'il saisissait l'occasion d'une affaire où la Prusse était manifestement dans son tort, pour lui infliger un sévère échec diplomatique, voire une défaite militaire, qu'il souhaitait depuis son arrivée au ministère pour régler la question de l'unité allemande. Il était d'ailleurs en cela en plein accord avec l'opinion publique. Mais traitant directement avec Napoléon III et l'entraînant tout au long de la crise, il mit Emile Ollivier et le gouvernement devant les faits accomplis. Lors du communiqué d'Ems, il réagit avec la susceptibilité d'un grand seigneur, déclarant au Conseil des ministres : "Vous voyez devant vous un homme qui vint de recevoir une gifle." Après les premières défaites, il fut renversé avec le ministère Ollivier et quitta le ministère le 10 août. Sa carrière s'arrêta là.

Francis Choisel in Dictionnaire du second Empire, dir. J. Tulard, Fayard.