persigny4.jpgMinistre de l'Intérieur du 22 janvier 1852 au 23 juin 1854, avec le portefeuille de l'Agriculture et du Commerce du 25 janvier 1852 au 23 juin 1853. Ministre de l'Intérieur du 26 novembre 1860 au 23 juin 1863.
Né à Saint-Germain-l'Espinasse (Loire) le 11 janvier 1808, mort à Nice (Alpes-Maritimes) le 12 janvier 1872. (Victor Fialin prit le nom de vicomte de Persigny vers 1832, titre que, selon lui, ses ancêtres avaient autrefois porté. Il fut fait comte en 1852 et duc en 1863.)

Issu d'une famille de petite noblesse d'Ancien régime, Victor Fialin de Persigny abandonna très tôt ses idées légitimistes pour adopter la foi bonapartiste, dont il se fit le propagandiste autant que l'exécuteur : compagnon du futur Napoléon III dans les complots de Strasbourg et de Boulogne - dont il fut l'un des principaux organisateurs - , il fit campagne aux côtés de ce dernier en 1848, et participa ensuite au coup d'Etat du 2 décembre où, avec le colonel Espinasse, il prit le contrôle du palais législatif. Quelques semaines plus tard, en janvier 1852, après la démission de Morny, il accédait au ministère de l'Intérieur. Cette promotion ne devait rien à ses compétences techniques ni à son influence parlementaire : après un début de carrière dans l'armée - dont il fut exclu pour indiscipline - , un passage dans le journalisme et un séjour en prison comme détenu politique, il avait été aide de camp du Prince-président, puis simple député à l'Assemblée législative. Mais il était l'ami personnel du chef de l'Etat, le plus ancien, le plus fidèle et le plus désintéressé de ses soutiens. Son nom avait d'ailleurs déjà été prononcé au moment de la crise ministérielle de janvier 1851, lorsque Louis-Napoléon avait envisagé de constituer un ministère composé exclusivement d'hommes lui étant entièrement dévoués. Durant ce premier passage au gouvernement, il établit les bases du nouveau régime autoritaire : il acheva de préparer les élections, rédigeant avec Baroche et Rouher la nouvelle loi électorale, choisissant les candidats officiels et faisant peser l'Administration en leur faveur ; il publia le décret-loi du 17 février 1852 muselant la presse, notamment par le système de répression administrative des "avertissements" pouvant entraîner la suspension, dont il avait eu l'idée. En outre, à l'insu et contre le sentiment de Louis-Napoléon, il suscita, par des instructions secrètes aux préfets concernés, le mouvement populaire qui se produisit, lors du voyage de ce dernier en province en septembre 1852, en faveur d'un rétablissement de l'Empire : "Je le ferai empereur malgré lui. Je le ferai assourdir de tels cris de "Vive l'Empereur" qu'il lui faudra bien se rendre." Il eut ensuite à organiser le plébiscite de 1852. Il peut donc être considéré comme le principal fondateur de l'Empire.
Audacieux et ambitieux en économie autant qu'en politique intérieure, il appuya les frères Péreire, présidant à la naissance du Crédit mobilier dû à leur initiative, et encouragea une politique d'investissements publics financés par l'emprunt, ce qui le mit en opposition avec les financiers traditionnels. C'est ainsi, en particulier, qu'en matière d'urbanisme, il installa Haussmann à la préfecture de Paris, et qu'il nomma Vaïsse à Lyon. Ayant démissionné du ministère pour raison de santé, il y revint en 1860, après un passage de plusieurs années à l'ambassade de Londres. Il eut cette fois à engager l'évolution libérale du régime. Il y était alors favorable. Par ses circulaires aux préfets des 5 et 7 décembre, il annonça une application plus souple de la loi sur la presse, et fit une ouverture en direction des "hommes honorables et distingués des anciens gouvernements". Mais il n'abandonna pas pour autant son tempérament passionné ni ses habitudes autoritaires face à l'opposition qui relevait la tête. Il s'en prit en 1861 à la Société de Saint-Vincent-de-Paul, foyer d'opposition légitimiste et catholique à la politique italienne de Napoléon III, et aussi, symétriquement, à la franc-maçonnerie. Lors des élections de 1863, il retira l'appui du gouvernement à 48 députés officiels qui avaient fait la preuve de leur indocilité au cours de la législature, et mit en oeuvre tous les procédés habituels du système autoritaire contre les candidats des diverses oppositions : "Afin que la bonne foi des populations ne puisse être trompée par des habiletés de langage ou des professions de foi équivoque, écrivait-il aux préfets, désignez hautement, comme dans les élections précédentes, les candidats qui inspirent le plus confiance au gouvernement. Que les populations sachent quels sont les amis et les adversaires plus ou moins déguisés de l'Empereur." Les candidats du pouvoir obtinrent la majorité des voix et des sièges, mais les républicains triomphaient à Paris et dans les grandes villes. Persigny fut, un peu injustement, rendu responsable de cet échec relatif, et en particulier de l'élection de Thiers (en l'attaquent trop vigoureusement, il lui avait involontairement permis d'obtenir le soutien des républicains avancés). Son renvoi, déjà envisagé en octobre 1862, fut décidé : "Je le dis avec regret, votre retraite provisoire peut seule ramener le calme dans l'opinion publique" lui écrivit Napoléon III. Sa chute, définitive, était aussi due à l'hostilité de l'Impératrice, qu'il n'aimait pas, et des ministres d'origine orléaniste. Elle marquait la fin d'une époque, la plus glorieuse et la plus prospère du régime.
Sénateur depuis 1852 et membre du conseil privé, il continua à prodiguer au souverain des avis qui furent de moins en moins écoutés, s'opposant à l'influence, démesurée selon lui, prise dans le gouvernement, par l'Impératrice et par le trio Rouher-Baroche-Fould, qu'il accusait de manquer de hauteur de vues : "Ces braves gens ne sont ministres, pour la plupart, qu'à défaut des hommes éminents que la tournure des choses a rejetés dans les partis hostiles" disait-il d'eux et de quelques autres, au début de l'Empire. Et à la fin : "Le Conseil fut ce qu'il était dans toutes les grandes occasions, c'est-à-dire aussi terne, aussi pauvre d'idées et de sentiments élevés qu'il était bruyant et animé lorsqu'il se sentait sur le terrain favori des avocats et des hommes d'affaires." Il vit, en conséquence, avec sympathie, l'ascension d'Emile Ollivier, puis son avènement, qu'il encouragea, sans toutefois se départir de ses préventions profondes contre le système parlementaire ; et il refusa de participer à la vie publique après la chute de l'Empire. Il mourut peu de temps après, sans être sorti de sa disgrâce, désabusé depuis longtemps, amer d'avoir été écarté au profit de bonapartistes du lendemain, simples grands commis de l'Etat, et déçu de n'avoir pas réussi à faire triompher jusqu'au bout sa conception mystique et ambitieuse du bonapartisme.

Francis Choisel in Le Dictionnaire des Ministres, Perrin, 1990, dir. B. Yvert.