pinard2.jpgMinistre de l'Intérieur du 13 novembre 1867 au 17 décembre 1868.
Né à Autun (Saône-et-Loire) le 10 octobre 1822, mort le 12 septembre 1909 à Bourg-en-Bresse (Ain).

Ancien procureur impérial s'étant fait remarquer par son éloquence et par son zèle bonapartiste, Ernest Pinard, nommé au Conseil d'Etat en 1866, apparaissait à 44 ans comme l'un des hommes d'avenir qui pourraient assurer le rajeunissement du personnel impérial et son renouvellement. Son nom fut évoqué une première fois au début de l'année 1867, à propos d'un éventuel ministère Ollivier qui ne vit pas le jour. Et Pinard fut finalement nommé en novembre, en remplacement de La Valette, au ministère de l'Intérieur. Rouher, principal ministre du régime à cette époque, vit d'un mauvais oeil l'ascension de cet homme jeune qui ne lui devait rien et qui succédait à l'un de ses protégés. Il en avait déconseillé le choix à l'Empereur, arguant des circonstances difficiles qui exigeaient un ministre d'expérience. Mais le dissentiment était plus profond.
Pinard, quoique de tempérament autoritaire, avait compris la nécessité d'une évolution libérale de l'Empire et s'y était converti. Attaché aux intérêts catholiques dont il se fit le défenseur au gouvernement (notamment face à Duruy), appuyé au moment de sa nomination par l'impératrice Eugénie, Pinard était partisan d'une large union dynastique conservatrice et libérale, fondée sur un rapprochement avec les catholiques ultramontains qui s'étaient séparés de la politique impériale sur la question romaine, et associant aux bonapartistes inconditionnels les libéraux sincèrement ralliés au régime par les réformes. Mais cette combinaison aurait diminué l'influence de Rouher, qui n'acceptait pas une telle évolution. Ayant participé au Conseil d'Etat à la rédaction du nouveau projet de loi sur la presse, Pinard s'en fit le défenseur au Conseil des ministres, face à Rouher qui, d'accord avec la majorité du Corps législatif, en souhaitait au contraire l'ajournement. Après l'adoption de la loi, la recrudescence des polémiques dans les journaux et l'indulgence des tribunaux dans les procès de presse entamèrent auprès de Napoléon III le crédit du ministre qui avait pris la responsabilité du nouveau système. Celui-ci, pourtant, adoptait une attitude ferme dans son application, vis-à-vis de La Lanterne et dans l'affaire Baudin, notamment, où il demanda à son collègue Baroche d'engager immédiatement des poursuites vigoureuses. Mais celles-ci accrurent involontairement le retentissement de ces campagnes de l'opposition. Ensuite, averti d'une manifestation sur la tombe de Baudin, et craignant une émeute, il prit d'importantes précautions militaires qui s'avérèrent complètement inutiles et qui le déconsidérèrent. Rouher, qui ne lui avait jamais facilité la tâche, obtint enfin son renvoi quelques jours plus tard. Au-delà de la rivalité personnelle, la chute de Pinard représenta la victoire - éphémère - du parti autoritaire qui, à la veille des élections de 1869 et en vue de leur préparation, tentait de prendre sa revanche sur la nouvelle orientation qui lui avait été imposée au cours de la dernière législature, et qui éliminait le seul homme qui, au gouvernement, ne partageait complètement ses idées.
Après avoir refusé un siège au Sénat, Pinard se fit élire au Corps législatif où, fidèle à ses convictions, il fut l'un des seuls à élever vigoureusement la voix pour s'opposer à la déchéance de Napoléon III après la défaite de Sedan. Il fut emprisonné en 1871 pour menées bonapartistes, rentra au barreau de Paris et tenta sans succès en 1876 de reconquérir un siège de député.

F. Choisel in Le dictionnaire des ministres, Perrin, 1990, dir. B. Yvert.

Bibl. : A. Najjar, Le procureur de l'Empire, Balland