plichon.jpgMinistre des Travaux publics du 15 mai au 10 août 1870.
Né à Bailleul (Nord) le 28 juin 1814, mort à Paris le 3 juin 1888.

Charles Ignace Plichon est le petit-fils du censier de l'abbaye de Marchienne et maire d'Abscon et le fils d'un fabricant de savon. Après avoir été l'élève des Jésuites de Saint-Acheul, il vient faire ses études de droit à Paris et est reçu docteur en 1836. Il est séduit pendant un temps par les idées saint-simoniennes. Avocat à Paris puis à Douai, il finit par renoncer rapidement à cette profession. En 1841, Guizot lui confie une mission dans les régences de Tunis et de Tripoli. Plichon parcourt ensuite tout l'Orient. A son retour, il reçoit la Légion d'honneur. Il se consacre désormais à la gestion de ses propriétés et administre plusieurs sociétés. En 1846, il est élu par son département à la Chambre des députés et siège de façon assez indépendante au sein du groupe ministériel. Sous la deuxième République, il ne brigue pas de nouveau mandat législatif, mais est élu conseiller général du Nord en juillet 1849.
Lors des élections législatives de 1857, il se présente dans la quatrième circonscription du Nord avec l'appui du gouvernement et est élu sans opposition. Dès son arrivée au Palais-Bourbon, il se montre très indépendant. En février 1858, il vote contre la loi de sûreté générale. En mars 1860, il réclame une enquête au sujet de l'élection d'Albert de Dalmas. Surtout, il s'impose rapidement comme l'un des chefs du courant protectionniste et clérical. Il est l'un des quatre députés qui votent contre le tarif sur les laines, cotons et autres matières premières en 1860. Il dénonce les incohérences de la politique italienne de l'Empereur : "On ne saurait être révolutionnaire en Italie et rester conservateur en France et à Rome." Membre des "91", il fait aussi partie des treize députés qui vont jusqu'à repousser l'adresse de 1861. En février 1863, il critique le système de la candidature officielle et réclame la liberté de la presse. Son attitude lui vaut naturellement de perdre le soutien du pouvoir lors des législatives de 1863. Il n'en est pas moins réélu dans la première circonscription du Nord contre le candidat officiel Alfred de Clebsattel. Il continue à se montrer tout aussi indépendant. S'il vote souvent avec la majorité, il fait aussi partie des "84" et des "42". En 1869, il est candidat à sa propre succession. Le gouvernement fait preuve de neutralité et il est très facilement réélu. Il signe la "demande d'interpellation des 116" et adhère au programme du centre gauche. Le "député manchot" reste aussi actif qu'au cours des deux législatures précédentes. Lors du remaniement du gouvernement, le 15 mai 1870, il prend le portefeuille des Travaux publics. Après les premières défaites contre la Prusse, il tombe avec tous ses collègues le 9 août 1870.
Elu représentant du Nord à l'Assemblée nationale, il siège au centre droit et adhère à la réunion Saint-Marc Girardin. Il retrouve sa place au conseil général en octobre 1871, en exerce la vice-présidence de 1871 à 1874 et la présidence de 1874 à 1879. Après s'être opposé à l'amendement Wallon et aux lois constitutionnelles, il est élu à la Chambre des députés en 1876 puis réélu en 1877. En janvier 1879, il tente en vain de passer au Sénat. Il obtient en revanche de nouveaux mandats de député en 1881 et en 1885. A sa mort, il préside le conseil d'administration des mines de Béthune. Officier de la Légion d'honneur, il était en outre commandeur de l'ordre de Saint-Sylvestre et de celui du Nicham.
En 1861, il avait épousé la nièce de Symphorien Boitelle, préfet de police et futur sénateur du second Empire et d'Edouard Boitelle, futur membre du Corps législatif. En outre, par ce mariage, il était devenu l'allié d'Alexandre et Eugène Des Rotours. Son fils Jean a représenté le Nord à la Chambre des députés et au Sénat sous la IIIème République. Quant à son petit-fils Jean-Pierre Plichon, il a lui aussi été parlementaire.

Eric Anceau, Dictionnaire des députés du second Empire, P.U.R., 1999.