magne1.jpgMinistre des Travaux publics, de l'Agriculture et du Commerce, des Finances, ministre sans portefeuille.
Né le 3 décembre 1806 à Périgueux (Dordogne), mort le 17 février 1879 au château de Montaigne (Dordogne).

Fils d'un teinturier, Pierre Magne se présenta au baccalauréat ès lettres en 1825, entra chez un notaire, fut employé à la préfecture et, poursuivant parallèlement ses études, obtint une licence en droit en 1830. Avocat au barreau de Périgueux, membre du conseil de préfecture, il fut élu député dans son département natal, en 1843. Il siégea avec la majorité favorable à Guizot et se fit rapidement remarquer par le sérieux avec lequel il remplissait ses fonctions. Il intervint, à la Chambre, notamment comme rapporteur du budget de l'Algérie (il connaissait Bugeaud depuis l'enfance) et y obtint quelques succès. Directeur du contentieux au ministère des Finances en 1846 et 1847, ayant cessé de plaider, il se fit remarquer de Guizot qui, pensant à la relève ministérielle par une nouvelle génération, le nomma sous-secrétaire d'Etat à la Guerre, chargé de l'Algérie, le 24 novembre 1847. Le chef du gouvernement lui déclara : "Vous avez une grande intelligence des affaires. Vous avez à un très haut degré l'esprit de discussion. Votre parole a sur la Chambre une autorité très rare."
Le lendemain de la révolution de février 1848, il donna sa démission, qui fut acceptée à regret par le nouveau ministre de la Guerre, le 6 mars. Il reprit alors ses activités d'avocat à Périgueux. Rappelé au gouvernement, auprès de Fould, le 10 novembre 1849, comme sous-secrétaire d'Etat aux Finances, il accepta, après avoir hésité en raison de scrupules orléanistes, et il eut pour rôle de défendre la politique financière devant l'Assemblée. Le 9 janvier 1851, il devint ministre des Travaux publics et retrouva son siège de représentant de la Dordogne lors d'une élection partielle, le 10 juillet. Louis-Napoléon Bonaparte, après l'avoir écarté du ministère du 26 octobre, lui rendit son portefeuille le lendemain du coup d'Etat, auquel il fut complètement étranger. Mais Magne démissionna quelques semaines plus tard, le 25 janvier 1852, comme ses collègues issus de l'orléanisme, pour protester contre la nationalisation des biens de la famille d'Orléans. Cependant, il accepta aussitôt le poste de président de la section des Travaux publics, de l'Agriculture et du Commerce au Conseil d'Etat. A ce titre, il continua à avoir un rôle important dans la marche des affaires qu'il avait suivies jusque-là. Et, dès le 28 juillet, il retrouva son portefeuille, qui s'élargit à l'Agriculture et au Commerce le 23 juin 1853. Il eut notamment à y accélérer le programme d'équipement ferroviaire de la France.
Egalement sénateur depuis le 31 décembre 1852, il fut nommé ministre des Finances le 3 février 1855. Il y équilibra tous ses budgets, dégageant même des excédents permettant de rembourser une partie de la dette flottante. Le 26 novembre 1860, il devint ministre sans portefeuille, c'est-à-dire qu'il était l'avocat devant les assemblées de la politique gouvernementale ; il avait en charge les dossiers économiques et financiers. Pinard, l'un de ses futurs collègues, écrit dans ses Mémoires à son sujet : "J'aurai défini M. Magne à la tribune et au Conseil en disant que sa parole, toujours nette et sobre, allait lentement, mais sûrement, au but ; elle traduisait admirablement l'équilibre de son esprit : presque toujours, elle portait la conviction chez ceux qui l'écoutaient sans parti pris. On le réputait timoré à raison de sa prudence proverbiale. Pour être plus exact, disons qu'il était par nature l'homme des nuances et de la mesure." L'Impératrice ajoutait, à propos de son éloquence, reconnue par tous les contemporains : "C'est admirable de lucidité et de simplicité. Monsieur Magne a le talent de faire croire aux ignorants qu'ils sont des financiers." Et Persigny : "Il est impossible d'être plus clair, plus précis, plus noble de modération et de politesse." En conflit avec Fould, son successeur aux Finances dont il avait mission de plaider la politique, il démissionna le 30 mars 1863 et fut nommé au Conseil privé. Il dut attendre le 13 novembre 1867, peu après la mort de Fould, pour revenir au gouvernement et reprendre le portefeuille des Finances, qu'il conserva jusqu'à l'avènement d'Emile Ollivier, le 2 janvier 1870. Ce dernier l'aurait volontiers conservé à son poste, mais le centre gauche s'y opposa. Il revint encore deux fois au ministère des Finances, qu'il avait fortement marqué : dans le gouvernement Cousin-Montauban, du 10 août au 4 septembre 1870, et, après avoir été réélu député de la Dordogne en juillet 1871, sous Mac-Mahon et l'Ordre moral, du 25 mai 1873 au 20 juillet 1874. Il fut élu sénateur de son département en 1876.

Francis Choisel in Dictionnaire du second Empire, dir. J. Tulard, Fayard.