duvernois.jpgMinistre de l'Agriculture et du Commerce le 10 août 1870.
Né à Paris le 6 avril 1836, mort à Paris le 8 juillet 1879.

D'un père libraire, Clément Aimé Jean est élevé en Algérie. Après avoir étudié au lycée d'Alger, il se lance dans le journalisme et collabore à la Colonisation, une feuille algéroise qui est finalement supprimée par l'autorité militaire. Il s'installe à Paris et donne des articles à la Presse de Girardin puis retourne en Algérie pour y fonder l'Algérie nouvelle avec l'appui du prince Napoléon, ministre de l'Algérie et des Colonies. Dans l'Algérie, ce qu'elle est, ce qu'elle doit être... (1858), il prédit que si la France ne change pas radicalement sa politique algérienne, elle pourrait bien connaître le sort qu'ont réservé les Etats-Unis au Royaume-Uni. De retour en France, il écrit des articles pour l'Opinion nationale et le Courrier de Paris, journal dont il devient le directeur. Polémiste dans l'âme, il est condamné deux fois à trois mois de prison. Opposé à l'Empire autoritaire, il est satisfait de l'évolution du régime après la lettre impériale du 19 janvier 1867 et propose ses services au gouvernement. Son passé de diffamation, ses goûts dispendieux, ses dettes, sa bohème font hésiter l'Empereur. Finalement Duvernois obtient la direction de l'Epoque, organe financé par les Tuileries. En février 1869, il est chargé par le cabinet de l'Empereur de fonder le Peuple, journal dynastique qui tire à 25 000 exemplaires et qui s'impose vite comme l'un des trois plus grands quotidiens du soir. En juillet, le journal prend le nom de Peuple français.
Lors des élections législatives de 1869, Duvernois obtient l'investiture officielle dans l'unique circonscription des Hautes-Alpes, département où il n'a aucune attache. Il multiplie les promesses et se fait élire. Malgré les protestations de l'opposition, son élection est validée. Duvernois qui signe le programme du centre droit sert d'intermédiaire entre l'Empereur et Ollivier. Déçu de ne pas faire partie du gouvernement du 2 Janvier en raison de l'hostilité de Magne, il se lance dans l'opposition. Il est néanmoins élu secrétaire de la commission d'enquête sur le régime économique. S'il contribue au succès du plébiscite, il interpelle le gouvernement sur la candidature Hohenzollern et pousse à la guerre. Après les premières défaites, il dépose le 9 août, l'ordre du jour de défiance et devient le lendemain ministre de l'Agriculture et du Commerce dans le gouvernement Palikao. Depuis le 12 juin 1870, il est aussi conseiller général des Hautes-Alpes.
Le 4 septembre, il s'oppose à la demande de déchéance puis se réfugie en Angleterre. Il en revient en juin 1871 et se présente le mois suivant à la législative partielle de Belleville mais échoue. Il fonde le bonapartiste l'Ordre en septembre 1871 mais en est évincé en novembre 1872. Il se lance alors dans la finance et contribue à la création de la Banque territoriale d'Espagne. Celle-ci est mise sous séquestre en avril 1874 et Duvernois est condamné à deux ans d'emprisonnement. A sa sortie de prison, il reprend le journalisme. Il lance le Salut, une feuille à 5 centimes, collabore au Figaro et au bonapartiste Le Gaulois. A sa mort, il est si pauvre que ce sont le prince Murat, Dugué de la Fauconnerie et Gambetta qui doivent payer son enterrement et les vêtements de deuil de sa veuve. Depuis avril 1865, il faisait partie de la loge maçonnique "la Renaissance par les émules d'Hiram" de l'orient de Paris. Son frère aîné, Alexandre, avait travaillé avec lui au Peuple français.

Eric Anceau, Dictionnaire des députés du second Empire, P.U.R., 1999.