drouinLhuys3.JPGMinistre des Affaires étrangères.
Né à Paris le 19 novembre 1805, mort à Paris le 1er mars 1881.

Lauréat du concours général de rhétorique en 1822, Edouard Drouyn de Lhuys obtint ensuite une licence en droit et s'engagea dans une carrière diplomatique. Attaché d'ambassade en Espagne en 1831, chargé d'affaires aux Pays-Bas en 1833, de retour en Espagne en 1836, à la demande de l'ambassadeur, comme premier secrétaire, il fut nommé en 1840 directeur des affaires commerciales au ministère des Affaires étrangères. Egalement grand propriétaire, il fut élu député de la Seine-et-Marne en 1842. Quoique fonctionnaire, il siégea dans l'opposition dynastique et critiqua vivement l'indemnité Pritchard, ce qui provoqua sa destitution par Guizot, en 1845. Il participa ensuite encore plus activement à la lutte contre le ministère, à la Chambre, notamment dans la discussion de l'Adresse de 1847, et dans le pays, par la Campagne des banquets.
Réélu en avril 1848, il siégea à l'Assemblée constituante avec la droite modérée. Il fit partie du ministère Odilon Barrot, constitué le 20 décembre 1848 à l'avènement de Louis-Napoléon Bonaparte, avec le portefeuille des Affaires étrangères. Ce premier passage au ministère fut marqué par l'expédition de Rome, qu'il orienta dans un sens favorable aux intérêts pontificaux. Réélu en mai 1849, il quitta le ministère lors du remaniement du 2 juin, au moment où le rétablissement pur et simple du pape dans ses Etats était vivement critiqué par la gauche de l'Assemblée. Nommé ambassadeur à Londres le mois suivant, il retrouva son portefeuille un an et demi plus tard, dans le ministère du 9 janvier 1851 qui avait pour raison d'être d'accepter la destitution du général Changarnier. La nomination de Drouyn de Lhuys était destinée à apaiser la majorité, ce qui n'empêcha pas le cabinet d'être renversé deux semaines plus tard et, le 24 janvier, d'être remplacé.
Membre de la Commission consultative au lendemain du coup d'Etat, il fit partie, le 26 janvier 1852, de la première promotion sénatoriale du nouveau régime. Le 28 juillet, il revint une troisième fois, mais plus durablement, à la tête des Affaires étrangères. Il eut à y faire admettre par les souverains européens le rétablissement de l'Empire. Puis, lorsque Napoléon III décida de se marier, il fut peu favorable au choix d'Eugénie, car celle-ci n'apportait pas d'alliance à la France. Il conduisit ensuite la diplomatie française pendant les débuts de la guerre de Crimée. Partisan d'une paix rapide, il négocia à Vienne, dans le cadre d'une médiation autrichienne, une solution de compromis avec la Russie (équilibre des forces en mer Noire au lieu de sa neutralisation) que Napoléon III désavoua et à laquelle l'Angleterre n'était pas non plus favorable. Il démissionna alors le 7 mai 1855, malgré l'insistance de l'Empereur à le faire revenir sur sa décision. En janvier 1856, à la suite d'une note de Napoléon III au Moniteur incitant le Sénat à mieux remplir son rôle, il démissionna également de cette assemblée.
Six ans plus tard, alors que la question romaine semblait bloquée par l'intransigeance du pape et les exigences du nouveau royaume d'Italie, il fut une dernière fois rappelé au ministère des Affaires étrangères, le 15 octobre 1862, après une crise interne au ministère entre partisans et adversaires de la fermeté face au Saint-Siège, qui avait coûté son poste à Thouvenel, jugé trop favorable à l'Italie. La nomination du ministre qui avait pris la responsabilité de l'expédition de Rome en 1849 était donc un geste d'apaisement en direction des catholiques et, bien qu'elle n'ait pas eu pour conséquence de véritable changement de la politique française, elle permit une détente dans nos relations avec Pie IX. Drouyn de Lhuys signa néanmoins, en 1864, la convention prévoyant l'évacuation de Rome par les troupes françaises. Lors de la victoire prussienne de Sadowa en 1866, il fut partisan d'une plus grande fermeté, opinant en Conseil des ministres en faveur d'une mobilisation, afin d'intimider la Prusse et d'empêcher le remaniement de la carte de l'Allemagne, dont il ne souhaitait pas l'unité. Il négocia ensuite, avec conviction mais sans succès, des compensations territoriales pour la France. Ces tractations ayant été révélées par Bismarck aux cours d'Allemagne du Sud, Napoléon III, qui en était l'initiateur, les désavoua néanmoins et Drouyn de Lhuys démissionna. Remplacé le 1er septembre 1866, il fut nommé le jour même au Conseil privé, où il prit position, quelques semaines plus tard, en faveur du retour du corps expéditionnaire français à Rome lors de la tentative de Garibaldi. Le 27 mai 1863, il avait à nouveau été nommé sénateur.
Après la chute de l'Empire, il s'exila pendant une année à Jersey et abandonna la vie politique. Il était membre de l'Académie des sciences morales et politiques. Technicien éprouvé de la diplomatie, il exposait les questions "avec une netteté parfaite", selon Persigny. Pinard ajoutait : "Ses remarques étaient aussi fines que justes et il avait alors un sourire et un regard vif et perçant qui ajoutaient tout un commentaire aux pensées qu'il venait d'exprimer."

Francis Choisel in Dictionnaire du second Empire, dir. J. Tulard, Fayard.