delangle.jpgMinistre de l'Intérieur le 14 juin 1858, ministre de la Justice le 5 mai 1859.
Né en 1797, mort en 1869.

Les origines de Charles-Alphonse Delangle étaient fort modestes : son père était un tailleur de pierre de Varzy devenu entrepreneur de bâtiment, et avait acquis une honnête aisance. Delangle, élève au lycée de Bourges, licencié en droit en 1819, se lie d'amitié avec Philippe Dupin, de Varzy lui aussi. Il entre au cabinet de Dupin aîné, et plaide en 1822 au procès des quatre sergents de La Rochelle... Quand Dupin est nommé en 1860 procureur général à la Cour de cassation, Philippe Dupin et lui se partagent sa clientèle. Bâtonnier de Paris en 1838, il est nommé avocat général à la Cour de cassation en 1840 ; député de Cosne (avec l'appui du ministère) en 1847, il devient procureur général à la cour d'appel de Paris en 1847 et conseiller d'Etat. Il ne revient aux affaires qu'en janvier 1852 : il remplace Dupin comme procureur général à la Cour de cassation, devient à la fin de 1852 premier président à la Cour de Paris, et sénateur. En juin 1858, il remplace le général Espinasse au ministère de l'Intérieur - il fallait un magistrat pour marquer le retour aux principes juridiques. En mai 1859, il devient ministre de la Justice et n'est remplacé qu'en juin 1863. Vice-président du Conseil d'Etat, il est nommé - pour la deuxième fois - procureur général à la Cour de cassation à la mort de Dupin. Il meurt en décembre 1869. Son rôle comme ministre de l'Intérieur et de la Justice n'est pas facile à apprécier : il n'avait pas une personnalité bien tranchée. C'était un juriste intelligent, conservateur, gallican (il osera repousser une pétition demandant des sanctions contre La Vie de Jésus de Renan), un gros travailleur appliqué à ses devoirs : ce n'était pas un homme d'Etat. Il avait - comme Dupin - fait une belle carrière qui l'avait amené, lui, le fils du tailleur de pierre de Varzy, jusqu'aux plus hauts postes : "Chez lui, tout était peuple, l'origine, les passions et jusqu'au physique", notait un témoin : mais c'était un bel exemple de la méritocratie impériale.

Guy Thuillier in Dictionnaire du second Empire, dir. J. Tulard, Fayard.