chasseloupLaubat3.jpgMinistre de l'Algérie et des Colonies le 24 mars 1859, ministre de la Marine et des Colonies le 24 novembre 1860, ministre présidant le Conseil d'Etat le 17 juillet 1869.
Né à Alexandrie (Italie) le 29 mars 1805, mort à Paris le 29 mars 1873.

D'une vieille famille de la noblesse saintongeaise, benjamin des quatre enfants du général François de Chasseloup-Laubat (1754-1833), comte et sénateur sous l'Empire, pair de France et marquis sous la Restauration, grand-croix de la Légion d'honneur et commandeur de Saint-Louis, Napoléon Samuel Prosper est le filleul de Napoléon Ier et de Joséphine. Il étudie au lycée Louis-le-Grand puis entre comme auditeur au Conseil d'Etat en 1828. Capitaine de la garde nationale et aide de camp du général La Fayette lors de la révolution de 1830, il reprend vite sa place au Conseil d'Etat et passe maître des requêtes en novembre. En 1836, il accomplit une mission en Algérie puis est nommé conseiller d'Etat en 1838. Par ailleurs, il préside le conseil d'administration de la Compagnie des Chemins de fer de l'Ouest et joue un grand rôle dans la construction du Paris-Cherbourg. Elu député de la Charente-Inférieure en septembre 1837, il est réélu successivement en novembre de la même année, en 1839, en 1842 et en 1846. Il siège au centre gauche, mais soutient souvent la politique de Guizot. Il est donc rapidement surnommé "le papillon de la Chambre". Membre du conseil général de la Charente-Inférieure à partir de 1838, il occupe sept fois la présidence de ce conseil entre 1839 et 1850. La révolution de 1848 l'écarte de la Chambre. Il combat les émeutiers de juin dans les rangs de la garde nationale puis fait sa rentrée politique en 1849, à l'occasion des élections à la Législative. Elu par son département, il siège dans les rangs du parti de l'Ordre. Rallié au président, il devient ministre de la Marine et des Colonies d'avril à octobre 1851. Il approuve le coup d'Etat et est appelé au sein de la Commission consultative.
Hostile à la nationalisation des biens de la famille d'Orléans, il n'en est pas moins candidat officiel dans la deuxième circonscription de Charente-Inférieure lors des élections législatives de 1852. Elu contre le général Montholon, Chasseloup-Laubat siège dans la majorité, mais ne tarde pas à manifester son indépendance. Nommé rapporteur de la commission du budget pour les dépenses, il réclame la baisse des gros traitements, la réduction des sommes consacrées aux travaux publics et à l'armée et se plaint du peu de cas que le gouvernement et le Conseil d'Etat font de l'avis des députés. Il devient donc l'un des chefs des "budgétaires". Combattu par l'administration lors des élections cantonales de l'été, il quitte le conseil général. En 1854, il combat la demande de poursuites contre son ami Montalembert. Tout en désapprouvant le tour autoritaire du régime, il n'en est pas moins partisan de l'Empire. De son côté, le gouvernement comprend vite qu'il peut difficilement se passer d'un homme de sa valeur. C'est donc avec l'appui officiel qu'il conserve son siège au Corps législatif lors des élections de 1857 et qu'il retrouve sa place au conseil général l'année suivante. Il préside même cette assemblée jusqu'à la fin du régime. Nommé ministre de l'Algérie et des Colonies le 24 mars 1859, en remplacement du prince Napoléon, il démissionne alors du Corps législatif. Devenu ministre de la Marine et des Colonies le 24 novembre 1860, il occupe cette fonction jusqu'au 20 janvier 1867 et accomplit une oeuvre considérable : modernisation de la flotte par le développement des navires cuirassés, amélioration du sort des marins, développement économique de l'Algérie, instauration du protectorat sur le Cambodge, achèvement de la conquête de la Cochinchine, ... Il est aussi l'instigateur du Code international des signaux maritimes adopté en 1864. Le ministre est appelé à présider la Société de géographie de Paris à partir de 1864 et reçoit l'année suivante la présidence d'honneur de la Société centrale de sauvetage des naufragés. Nommé au Sénat le 25 mai 1862, il doit quitter provisoirement la Chambre haute pour cause d'incompatibilité lorsqu'il devient ministre présidant le Conseil d'Etat du 17 juillet 1869 au 2 janvier 1870. A ce titre, il joue un rôle considérable dans l'avènement de l'Empire libéral.
Représentant de la Charente-Inférieure en 1871, il siège au centre droit de la nouvelle Assemblée. En tant que ministre, il reste un modèle de compétence, de dévouement, de désintéressement et d'intégrité puisqu'il avait vendu toutes ses actions en entrant au gouvernement, refusant même de toucher son traitement de ministre présidant le Conseil d'Etat. Il est vrai qu'il était très fortuné puisque ses revenus annuels étaient estimés à 300 000 francs en 1870. A son décès, il était grand-croix de la Légion d'honneur et de plusieurs ordres étrangers. Comme son père, il appartenait à la franc-maçonnerie. Il avait été initié en 1829 à la loge de l'Union de Paris, avait atteint le trente-troisième degré en 1846 et siégeait au Suprême Conseil.
Ses frères Just (1800-1847) et Prudent (1802-1863) ont été, pour le premier, diplomate et député sous la monarchie de Juillet et, pour le second, représentant à la Législative sous la deuxième République, général de division et président du comité consultatif d'état-major sous l'Empire. C'est à la mort de ce dernier que Prosper a hérité du titre de marquis. Aucun de ses deux fils, tous deux ingénieurs civils, n'a entrepris de carrière politique.

Eric Anceau, Dictionnaire des députés du second Empire, P.U.R., 1999.