morny1.JPGMinistre de l'Intérieur du 2 décembre 1851 au 22 janvier 1852.
Né à Saint-Maurice (Suisse) le 17 septembre 1811, mort à Paris le 10 mars 1865. (Sa naissance fut déclarée le 22 octobre 1811 à Paris sous le nom de Demorny. Il prit lui-même l'appellation de comte de Morny en 1832 et fut fait duc par Napoléon III en 1862).

Fils naturel de la reine Hortense et du général comte de Flahaut, Charles Auguste de Morny était le demi-frère de Napoléon III par sa mère et le petit-fils de Talleyrand par son père. Député en 1842, à l'âge de 31 ans, il soutint Guizot jusqu'à sa chute puis, ayant fait la connaissance de Louis-Napoléon en 1849, il y attacha sa fortune. Etant l'un des principaux instigateurs et organisateurs du coup d'Etat, il vint prendre possession du ministère de l'Intérieur le 2 décembre au matin, seul et tranquillement, après avoir passé la soirée à l'Opéra et la nuit au Jockey-Club. Responsable du maintien de l'ordre pendant ces journées décisives, en liaison avec le préfet de police et avec le ministre de la Guerre, il exerça ses fonctions sans se départir de son humour désinvolte, et surveilla le déroulement du complot avec le plus parfait sang-froid. Cynique et sans scrupule, intraitable avec les chefs de la gauche, brutal avec l'agitation de la rue, il peut être tenu pour le principal responsable du sang qui coula en cette occasion et qui aurait pu être épargné, ainsi que de la dureté des mesures d'exception qui permirent la répression en province dans les semaines qui suivirent. En revanche, tout en s'assurant dans un premier temps de la personne des principaux chefs du parti de l'Ordre, il les ménagea autant que possible et les relâcha rapidement, préparant ainsi le ralliement de la plupart d'entre eux au nouveau régime, à l'occasion du plébiscite. Dans le même but, il propagea une interprétation conservatrice du coup d'Etat, pourtant réalisé contre l'Assemblée monarchiste, en développant la thèse du "péril rouge" et de la "jacquerie" : "Monsieur le Préfet, vous venez de traverser quelques jours d'épreuve : vous venez de soutenir en 1851 la guerre sociale qui devait éclater en 1852. Vous avez dû la reconnaître à son caractère d'incendie et d'assassinat. Si vous avez triomphé des ennemis de la société, c'est qu'ils ont été pris à l'improviste et que vous avez été secondé par les honnêtes gens." En vue du plébiscite, il demanda à l'Administration de peser de tout son poids sur l'opinion : "Dans le combat qui commencera bientôt, l'appareil de l'Etat ne peut pas rester impartial et inactif. Les fonctionnaires qui le représentent doivent déployer toute leur énergie pour prouver la supériorité de ses conceptions politiques." C'est dans le même esprit qu'il s'engagea dans la préparation des élections législatives, inaugurant le système des "candidatures officielles". Il s'attacha à faire désigner au Corps législatif des hommes "entourés de l'estime publique", ayant "fait fortune par le travail, l'industrie ou l'agriculture", "amélioré le sort des ouvriers" et "fait un noble usage de son bien", plutôt que des hommes politiques issus des anciens partis. Mais il n'eut pas le temps de mener à terme cette action, ayant démissionné, comme plusieurs de ses collègues, pour protester contre la nationalisation, par Louis-Napoléon, des biens de la famille d'Orléans. Celui-ci n'en fut pas mécontent, car il commençait à trouver un peu encombrant son demi-frère, qui avait de plus en plus tendance à se comporter comme son mentor, ne cachait plus sa parenté avec lui et tentait même de lui arracher sa légitimation. Sa disgrâce ne dura guère. Réélu dans le Puy-de-Dôme, il ne tarda pas à devenir président du Corps législatif (1854) où il se fit l'artisan d'une évolution sagement libérale du régime, tout en menant la vie qui avait toujours été la sienne, celle d'un homme d'affaires avisé, frivole et mondain, ne reculant pas devant les opérations financières douteuses. Tel il mourut en 1865.

Francis Choisel in Le Dictionnaire des Ministres, Perrin, 1990, dir. B. Yvert.