maupas.jpgMinistre de la Police générale du 22 janvier 1852 au 21 juin 1853.
Né à Bar-sur-Aube (Aube), le 8 décembre 1818, mort à Paris, le 19 juin 1888.

Après des études de droit, Charlemagne de Maupas entra sous Louis-Philippe dans la carrière préfectorale. Ecarté par la révolution de février, il fut réintégré sous la présidence de Louis-Napoléon. Il se fit alors remarquer par son zèle et par son manque de scrupules : lorsque, préfet de Haute-Garonne, il voulut faire arrêter des ennemis du régime, et que le magistrat qui assurait l'intérim du procureur de la République lui opposait le manque de charges, il répliqua : "Des preuves ? On en fabriquera."
Louis-Napoléon le nomma à la préfecture de police de Paris, le 27 octobre 1851, à la veille du coup d'Etat, dont, avec Morny et Saint-Arnaud, il fut l'un des principaux exécutants. C'est lui qui eut la charge de diriger toutes les arrestations préventives de ceux qui auraient pu faire obstacle à l'opération. Au cours de ces journées décisives, il fut en désaccord avec la tactique adoptée, qui consistait à laisser l'émeute prendre consistance avant de l'anéantir ; il eût préféré que l'armée déployât sa force et occupât le terrain afin d'impressionner Paris et de dissuader toute velléité de résistance. Cette méthode, tout en comportant le risque de voir la troupe se fatiguer inutilement, se démoraliser puis fraterniser avec les insurgés, aurait peut-être atteint son but et évité que le sang ne coule.
Le 22 janvier, fut créé pour Maupas un ministère de la Police générale. Il avait 34 ans. Ayant pour mission de "faire parvenir jusqu'au prince la vérité qu'on s'efforce trop souvent de tenir éloignée du pouvoir", il se vit comme un nouveau Fouché. N'hésitant pas à utiliser au besoin des agents provocateurs, il exerça une répression sans indulgence contre les opposants, et notamment contre la presse (à laquelle il infligea 91 avertissements en un an et demi), et remplit avec ardeur son rôle d'informateur politique.
Ses excès finirent par lasser Napoléon III. De plus, le ministre de l'Intérieur et celui de la Guerre voyaient d'un mauvais oeil ce ministère nouvellement créé qui empiétait sur leurs attributions. Celui-ci fut supprimé le 21 juin 1853. Maupas fut alors nommé sénateur, ambassadeur à Naples, puis préfet du Rhône. Son père, quant à lui, était devenu député officiel dès 1852. Il resta fidèle à l'Empire jusqu'à la fin de sa vie. D'abord défenseur ardent du régime autoritaire, il se rallia ensuite à l'Empire parlementaire autant par haine de Rouher que par conviction. En 1870, il chercha à entrer dans le cabinet formé par Emile Ollivier, mais sa nomination eût été, dans ces circonstances, une provocation. Candidat bonapartiste malheureux en 1876 et en 1877, il donna son adhésion peu de temps avant sa mort au mouvement boulangiste.

Francis Choisel in Le Dictionnaire des Ministres, Perrin, 1990, dir. B. Yvert.