billault2.jpgMinistre de l'Intérieur ; ministre sans portefeuille ; ministre d'Etat.
Né à Vannes (Morbihan) le 12 novembre 1805, mort en son château des Grézillières près de Nantes (Loire-Inférieure) le 13 octobre 1863.

Fils d'un receveur des douanes, Adolphe Billault descend par sa mère d'une famille d'armateurs ruinée par les effets des guerres napoléoniennes. Après avoir étudié à Saint-Pol-de-Léon, il fait son droit à Rennes, est reçu licencié en 1825 puis s'inscrit au barreau de Nantes. Il épouse en août 1830 la fille du président de la Chambre de commerce de Nantes et grand armateur, Bourgault-Ducoudray, après dit-on avoir tenu à ce dernier le discours suivant : "Je suis sans richesse et sans nom ; mais je ne suis pas sans avenir ; dans trois ans, je serai le premier avocat de Nantes ; trois ans après, je serai député ; trois ans encore, et je serai ministre". De fait, il obtient vite de brillants succès et entre au conseil de l'ordre. Saint-Simonien, il fonde la Société industrielle de Nantes et organise des écoles d'apprentissage. Dès 1830, il devient conseiller municipal de Nantes et en 1834, conseiller général de Loire-Inférieure. En 1836, il se présente sans succès aux législatives mais est élu l'année suivante dans trois circonscriptions de la Loire-Inférieure (il opte pour Ancenis). Il est constamment réélu jusqu'à la chute de la monarchie de Juillet. Il siège à gauche, débute par un violent discours contre la corruption électorale, conseille le duc d'Aumale. Dans le gouvernement du 1er mars 1840, il est appelé à remplir la fonction de sous-secrétaire d'Etat de l'Agriculture et du Commerce, conclut un traité de commerce avec la Hollande et reçoit la Légion d'honneur le 19 août 1840. Après la chute du gouvernement, il siège dans l'opposition dynastique. La question du droit de visite dont il est l'un des inventeurs lui fournit matière à de nombreuses attaques. Il s'éloigne pourtant de Thiers, se rapproche du parti ministériel et ne participe pas à la campagne des banquets. Elu à la Constituante par la Loire-Inférieure, il est appelé au sein de la Commission faisant office de Conseil d'Etat. En 1849, il n'est pas élu à la Législative et semble marquer le pas mais il devient vite l'un des habitués de l'Elysée. Il approuve le coup d'Etat du 2 décembre et siège dans la Commission consultative.
En 1852, s'il renonce à se présenter en Bretagne par peur des légitimistes, il est élu au Corps législatif comme candidat officiel dans la deuxième circonscription de l'Ariège. Par un décret du mois de mars, il devient le premier président du Corps législatif. Ancien défenseur du parlementarisme, il se satisfait pourtant dès son discours d'installation de la réduction des libertés parlementaires. C'est lui qui, début décembre, va porter à Saint-Cloud le résultat officiel du plébiscite et salue le premier du titre de "Sire" le nouvel empereur : "notre nation relève avec un orgueilleux amour cette dynastie des Bonaparte, sortie de son sein, et qui ne fut point renversée par des mains françaises". Après avoir été promu officier de la Légion d'honneur le 18 août, il devient commandeur le 8 décembre 1852. Jusqu'en juin 1854, époque à laquelle il quitte le Corps législatif, il se montre fort dévoué au pouvoir exécutif. Fréquemment cassant à l'égard de ses collègues, ceux-ci ne l'apprécient guère. C'est son gendre, Henri Busson, qui lui succède comme député et Morny comme président.
Billault fait alors son entrée au ministère de l'Intérieur et devient sénateur le 4 décembre 1854. En tant que ministre, il s'intéresse à des institutions charitables (orphelinat du Prince impérial, hôpital Sainte-Eugénie, asiles de Vincennes et du Vésinet). Durant son passage au ministère, la surveillance de la presse se fait moins oppressive que sous Maupas et Persigny. Le ministre est promu grand-officier de la Légion d'honneur le 30 décembre 1855. En janvier 1856, il perd son épouse et reporte dès lors son affection sur ses deux filles tout en redoublant d'activité. Il prépare les élections de 1857. Son administration soutient les candidats officiels avec succès (sauf à Paris), et il est nommé grand-croix de la Légion d'honneur, le 15 août 1857. Cependant, l'attentat d'Orsini du 14 janvier 1858 lui fait perdre le ministère. Peu après, il quitte la présidence du conseil général de l'Ariège qu'il occupait depuis 1853. Sa traversée du désert est de courte durée et le 1er novembre 1859 il retrouve l'Intérieur. Signe de son retour en grâce, il se voit offrir en 1860 par l'Empereur, un hôtel particulier d'une valeur de 600 000 francs avec un mobilier de 100 000 francs. Le 24 novembre 1860, Billault devient l'un des trois ministres sans portefeuille. Il est plus particulièrement chargé des Affaires étrangères, de la Marine et des Colonies, de l'Instruction publique et des Cultes. Les grands discours qu'il prononce alors sur les affaires du Mexique et d'Italie, son éloquence, sa capacité à parler sans notes et à placer la politique impériale dans l'histoire nationale en font l'homme du moment et lui donnent une incontestable prééminence sur ses collègues, Magne et Baroche. Cela conduit Napoléon III à supprimer les trois ministères en juin 1863 et à les remplacer par un ministère d'Etat aux compétences élargies qu'il confie naturellement à Billault. Mais, épuisé par le travail, ce dernier meurt le 13 octobre 1863.
L'Empire lui fait des obsèques nationales et Morny affirme qu'avec lui "l'Empire perd son bras gauche". Quant à Mérimée, il écrit dans une lettre du 20 octobre que sa mort "est un coup funeste ; c'était assurément le plus habile et le plus propre à lutter avec courage contre les orateurs de l'opposition. Ce n'était pas un homme d'Etat, mais c'était un instrument merveilleux entre les mains d'un homme d'Etat." Nantes lui élève une statue en 1867. Par contre, une sombre histoire vient ternir sa mémoire. En effet, Billault avait fait enfermer, plusieurs années auparavant, un dénommé Sandon qui le faisait chanter. Cet homme affirmait posséder des lettres dans lesquelles le futur ministre professait des idées anti-bonapartistes. Après la mort de Billault, ses adversaires politiques ne tardent pas à élargir et indemniser Sandon tout en ébruitant l'affaire.

Eric Anceau, Dictionnaire des députés du second Empire, P.U.R., 1999.