fouldmayerpierson.jpgMinistre des Finances du 31 octobre 1849 au 24 janvier 1851, du 10 avril au 22 novembre 1851 et du 3 décembre 1851 au 22 janvier 1852. Ministre d'Etat du 28 juillet 1852 au 23 novembre 1860 (avec la Maison de l'Empereur à partir du 14 décembre 1852). Ministre des Finances du 14 novembre 1861 au 20 janvier 1867.
Né à Paris le 17 novembre 1800, mort à Tarbes (Hautes-Pyrénées) le 5 octobre 1867.

Fils de banquier israélite, mais converti quant à lui au protestantisme, Achille Fould fit une carrière politique, tandis que son frère aîné succéda à son père à la tête de la maison familiale. Elu député des Hautes-Pyrénées en 1842, il siégea sur les bancs de la majorité guizotine et s'y fit naturellement remarquer dans les discussions financières et économiques. Resté dans la coulisse du pouvoir après la révolution de février, il retrouva un siège à l'Assemblée constituante, lors d'une élection partielle, en septembre, comme représentant de la Seine ; et il fut réélu en 1849.
Proche du prince Louis-Napoléon, auquel il prêta de l'argent avant son élection à la présidence de la République, et même ensuite, il devint ministre des Finances dans le cabinet du 31 octobre 1849, et le resta, sauf un court intermède de deux mois et demi, presque jusqu'à la fin de la IIème République. Rappelé le lendemain du coup d'Etat, bien qu'il s'en fût prudemment tenu à l'écart, il démissionna peu de temps après, au moment de l'affaire des biens de la famille d'Orléans. Il fut néanmoins, jusqu'à sa mort, avec Baroche et Rouher, l'un des principaux personnages du régime : il revint en effet au gouvernement dès juillet 1852, comme ministre d'Etat ; et, après la proclamation de l'Empire, ses attributions furent élargies à la Maison de l'Empereur. Il resta à ce poste huit ans durant. Il y fut un administrateur économe (ce qui lui valut quelques inimitiés à la Cour), et eut à y diriger les travaux de l'Exposition universelle de 1855 ainsi que l'achèvement du Louvre.
Fidèle serviteur de l'Empereur, il adhérait pleinement au système autoritaire. Sous la IIème République, il n'avait pas hésité à s'attaquer aux fonctionnaires de son administration qui, "poussant l'oubli de leur devoir jusqu'à commettre une trahison véritable, se seraient laissé infecter par les doctrines subversives du socialisme" ; hostile aux idées avancées du prince Napoléon, il vit d'un bon oeil le mariage de Napoléon III, qui éloignait ce cousin de l'Empereur d'une éventuelle succession ; après les élections de 1857, qui avaient pourtant été un succès pour le régime, il envisagea avec quelques-uns de supprimer le suffrage universel ; et, en désaccord avec les décrets qui inauguraient une évolution libérale, il quitta le gouvernement en novembre 1860. Napoléon III voulut alors le faire duc, mais il refusa. Membre du conseil privé depuis sa création en 1858, il critiqua la politique dépensière menée par l'Empire depuis sa naissance, et inspira même une campagne de presse en ce sens, qui valu aux journalistes qui l'avaient suivi d'être sanctionnés par l'administration ; le 29 septembre 1861, il adressa à l'Empereur un mémoire qui dénonçait notamment l'accumulation d'une dette flottante d'un milliard de francs à court terme, réclamait des impôts nouveaux pour équilibrer le budget, et recommandait la suppression de la possibilité donnée aux ministres d'inscrire sans vote des crédits supplémentaires. Convaincu, Napoléon III fit publier ce mémoire au Moniteur et rappela Fould au ministère des Finances. Ce retour eut un effet foudroyant dans les milieux économiques ; c'était le succès du groupe des "budgétaires". De fait, le 31 décembre, un sénatus-consulte rétablissait le vote du budget par section (et non plus par ministère) et la nécessité d'un vote du Corps législatif pour l'inscription de crédits supplémentaires ou extraordinaires.
A l'affût de toute possibilité d'économie, et méfiant vis-à-vis des aventures extérieures, coûteuses pour le budget, Fould essaya en particulier de réduire les dépenses militaires, à une époque où l'expédition du Mexique pesait sur les finances de l'Etat, et malgré le danger prussien, qui se faisait de plus en plus pressant. Financier traditionnel opposé à la théorie des "dépenses productives" des économistes et des hommes d'affaire saint-simoniens qui avaient fait la prospérité des premières années de l'Empire, il pensait que les richesses financières de la France n'étaient pas inépuisables ; et il fut, de ce fait, en butte à de nombreuses critiques dans l'entourage de Napoléon III. Persigny, par exemple, dénonce dans ses Mémoires "le beau système de monsieur Fould de traiter une grande nation comme un propriétaire obéré, de confondre les dépenses productives et les dépenses nécessaires ; de réduire les unes comme les autres, et de ne permettre d'achever l'outillage du pays qu'à l'aide des ressources ordinaires du budget", ainsi que "l'aberration de cet étrange ministre des Finances qui jette l'alarme pour relever le crédit, qui crie misère au milieu d'immenses richesses, qui repousse du pied les milliards que l'épargne lui offre pour terminer nos travaux indispensables, mais leur ouvre la porte de l'étranger pour aller s'y perdre, au grand préjudice du pays". Fould ne réussit pourtant pas mieux - ni plus mal - que ses prédécesseurs, et dut user d'expédients pour équilibrer ses budgets : conversion de rente, emprunts, ventes de forêts du domaine de la Couronne, etc. Magne, son rival, ne manquait pas de le souligner. Celui-ci, en effet, tout en partageant l'attachement de Fould à des finances ordonnées, acceptait mal les critiques que ce dernier faisait indirectement à sa gestion passée en se donnant l'allure de redresser une situation financière compromise par ses prédécesseurs. Lors du remaniement de janvier 1867, Fould, malade, abandonna le ministère, et il mourut quelques mois plus tard.

F. Choisel in Le dictionnaire des ministres, dir. B. Yvert, Perrin, 1990.