Cette branche de la famille Bonaparte est issue du premier mariage de Jérôme Bonaparte avec Elisabeth Patterson. Ce mariage n'a jamais été reconnu par Napoléon Ier et a plus tard été annulé. Techniquement, les Patterson n'ont donc jamais été en droit de porter le nom de Bonaparte ; Napoléon III les a néanmoins autorisés à l'utiliser. Ceci étant dit, ils n'ont jamais fait partie ni de la Famille impériale ni de la Famille civile. Vous trouverez ci-dessous les biographies des deux Bonaparte-Patterson qui ont joué un rôle sous le second Empire, Jérôme-Napoléon, le fils de Jérôme Bonaparte, et son fils... Jérôme-Napoléon.

Jérôme-Napoléon Bonaparte-Patterson "Ier"

JeromePatterson1b.jpgUnique enfant né du premier mariage de Jérôme Bonaparte avec Elisabeth Patterson, Jérôme-Napoléon Bonaparte vit le jour le 7 juillet 1805 à Camberwell en Grande-Bretagne ; il fut élevé dans le catholicisme : sa mère considérait que c'était la religion des rois et elle avait les plus grandes ambitions pour son fils.
En 1819, âgé de 14 ans, il traverse l'Atlantique et passe quelques années en Europe. Il est tout d'abord élève d'une institution genevoise, puis voyage. En Italie, il rencontre la famille impériale : la plupart de ses membres y résident à cette époque. On le traite de la façon la plus affectueuse. Son père, le roi Jérôme, n'y fait pas exception. Il est bientôt question de le marier à la princesse Charlotte, fille du roi Joseph. Le 31 décembre 1821, la reine Catherine, alors à Trieste, écrit à ce dernier : "Cet évènement me rendrait personnellement heureuse, puisque cette alliance mettrait Jérôme dans une position naturelle vis-à-vis de moi et de mes enfants" (in La vérité sur le procès Patterson). De son côté, Madame Mère manifeste le plus vif enthousiasme à l'égard de ce projet, dans une lettre à Joseph également : "Vous aviez raison d'être décidé à la réunir avec le fils de Jérôme. Ce jeune homme est ici depuis deux mois ; j'en suis émerveillée ; il n'est pas possible de trouver son aplomb et son bon sens à son âge et sans doute Charlotte serait heureuse" (ibid).
En 1823, Jérôme-Napoléon regagne les Etats-Unis. Il y suit les cours de l'université de Harvard à Cambridge (Massachusetts). Il se rend à Point-Breeze où le roi Joseph vit en gentleman-farmer. Il noue des relations avec ses cousins Achille et Lucien Murat établis en Amérique. Finalement, sans qu'on en connaisse bien la raison, le projet de mariage avec la princesse Charlotte n'aboutit pas : celle-ci épousera un autre cousin germain, Napoléon-Louis, frère aîné du futur Napoléon III.
En 1826, Jérôme-Napoléon est de retour en Europe. Il voit de nouveau toute sa famille paternelle et passe de longues semaines avec le roi Jérôme. Sa mère s'ingénie à lui trouver une épouse de haute naissance. Il fait la sourde oreille. L'idée de passer toute sa vie en Europe ne lui sourit guère. Lors de son premier séjour, il écrivait à son grand-père Patterson : "Depuis que je suis en Europe, j'ai dîné avec des princes et des princesses, mais je n'ai trouvé aucun plat autant à mon goût que le rosbif et le bifteck que je mangeais à South street" (E.M. Oddie in The Bonaparte in the new world, Londres, 1932). Il est bientôt une fois encore de retour à Baltimore. A l'insu de sa mère et à la grande colère de celle-ci, il y épouse la fille d'un important négociant, presque aussi riche que les Patterson. Les relations avec la famille Bonaparte vont peu à peu s'espacer, mais ne seront jamais interrompues. Il l'informe de la naissance de son premier-né en 1830 et en reçoit des compliments. En 1835, le roi Jérôme lui fait part de la mort de la reine Catherine. En 1840, le prince Napoléon (Jérôme) lui annonce le mariage de leur soeur Mathilde avec Anatole Demidoff.
Le 1er janvier 1853, Jérôme-Napoléon envoie à Napoléon III ses félicitations pour le rétablissement de l'Empire. Peu après, il passe de nouveau l'Atlantique, accompagné de son fils aîné. L'Empereur l'accueille avec bienveillance : il l'invite à dîner à Saint-Cloud. Le 30 avril 1854, un décret le réintègre dans la qualité de Français. Craignant de possibles prétentions de leur demi-frère, le prince Napoléon (Jérôme) et la princesse Mathilde adressent à ce propos une protestation à l'Empereur. L'affaire est portée devant le conseil de famille, chargé de trancher les litiges pouvant s'élever à l'intérieur de la famille impériale. Une sentence de celui-ci en date du 4 juillet 1856 fixe de façon très précise la situation de Jérôme-Napoléon. La nullité du mariage de 1803 est confirmée, "mais, attendu que ledit défendeur a constamment, depuis sa naissance, porté le nom de Bonaparte ; que ce nom lui a été donné dans son acte de naissance et de baptême, dans tous les actes de la vie civile, dans les relations du monde et enfin par tous les membres de la famille impériale ; que, dans une telle situation, on ne peut lui enlever le droit de continuer à porter le nom qui ne lui a jamais été contesté ; par ces motifs : le conseil de famille maintient au défendeur le nom de Bonaparte sous lequel il a toujours été connu, sans qu'il en résulte pour lui le droit de se prévaloir du bénéfice des articles 201 et 202 du Code Napoléon", c'est-à-dire sans les effets civils (Pièces à consulter pour S.A.I. le prince Napoléon contre Mme Elisabeth Patterson et M. Jérôme Bonaparte, Paris, 1861, B.N. 4° Fm 22921).
Le 17 avril 1855, était partie à destination de Jérôme-Napoléon, rentré à Baltimore, une lettre d'Achille Fould, ministre d'État, ainsi libellée : "Monsieur, l'Empereur m'a donné l'ordre de vous faire connaître son désir que vous preniez à votre retour en France le titre de duc de Sartène. Je n'ai pas besoin d'insister sur les motifs qui ont fait adopter à Sa Majesté ce moyen de mettre une terme à des différends que vous connaissez. L'intention de l'Empereur est que votre fils porte le nom de comte de Sartène" (in La Vérité sur le procès Patterson Paris, 1861, B.N. 8° Fm 2325). La réponse avait été négative : plutôt que d'être duc, Jérôme-Napoléon préférait garder le nom illustre de Bonaparte. Après le décès du roi Jérôme, Jérôme-Napoléon entrepris conjointement avec sa mère une action judiciaire pour avoir part à la succession du défunt. Tous deux vinrent une dernière fois en Europe à cette occasion. Le 5 juillet 1860, le conseil de famille, confirmant sa sentence du 4 juillet 1856, décida qu'il devait être passé outre à leur opposition à la levée des scellés apposés au Palais-Royal et au château de Villegenis hors de leur présence. Le prince Napoléon (Jérôme) ayant désiré que l'affaire suive ensuite le cours ordinaire, celle-ci fut jugée le 15 février 1861 par le tribunal civil de la Seine, puis en appel par la cour de Paris le 1er juillet 1861. Jérôme-Napoléon et sa mère furent déboutés les deux fois. Ils avaient eu pour défenseur le célèbre avocat légitimiste Antoine Berryer. A la tête d'une fortune considérable, venue à la fois des Patterson et de sa femme, Jérôme-Napoléon n'eut pas d'activité professionnelle : il s'occupa de la gestion de ses biens et, ceux-ci comprenant un important domaine agricole, se consacra à l'étude des problèmes de culture et de fertilisation. Il mourut d'un cancer à la gorge le 17 juin 1870 à Baltimore.

Jérôme-Napoléon Bonaparte-Patterson "II"

JeromePatterson2.JPGNé à Baltimore le 5 novembre 1830. Entré à l'École militaire de West Point le 1er juin 1848, sous-lieutenant le 15 juin 1852, Jérôme-Napoléon le fils servit avec ce grade dans l'armée des États-Unis, au 1er régiment de tirailleurs à cheval, jusqu'au 16 août 1854. Il passe au service de la France le 5 septembre 1854 comme sous-lieutenant au 7ème régiment de dragons. Son dossier au service historique de l'Armée de terre contient une amusante dépêche datant de cette époque, du maréchal Vaillant, ministre de la Guerre, au général commandant la 9ème division à Marseille : "Le jeune Bonaparte, petit-fils du prince Jérôme, part ce soir pour aller s'embarquer à Marseille et rejoindre son régiment de dragons en Orient. Vous me ferez plaisir en envoyant un officier le recevoir à la gare et le piloter dans les courses qu'il aura à faire avant de s'embarquer." Le 5 juin 1855, il est promu lieutenant. Le 23 avril 1856, il passe au 1er régiment de chasseurs d'Afrique. Il y est capitaine le 5 mai 1859. Le 28 février 1860, il est muté au 1er régiment de carabiniers. Le 13 août 1865, il est chef d'escadrons au 3ème régiment de cuirassiers et le 16 mars 1867 au régiment de dragons de l'Impératrice. Le 27 août 1870, lieutenant-colonel, il commande le 2ème régiment de dragons. Chevalier de la Légion d'honneur le 10 novembre 1855, il a été fait officier le 31 octobre 1868.
Il démissionne le 31 mars 1871. Le rapport fait au ministre à ce propos, le 10 mars, s'exprime de la sorte : "M. le colonel Bonaparte fait connaître que, par la suite de la mort de son père, il est devenu chef de sa famille et qu'il a, en Amérique, des intérêts très importants qu'il ne pourrait sauvegarder en restant au service et qu'il n'a pas hésité à négliger pour prendre part à la guerre." Il mourut d'un cancer à l'estomac le 4 septembre 1893.

Joseph Valynseele in Le Dictionnaire du Second Empire, Fayard, 1995.