Pierre.JPGPrince et altesse, député à la Constituante, chef de bataillon.
Né à Rome le 11 octobre 1815, mort à Versailles le 9 août 1881.

Septième des dix enfants de Lucien Bonaparte et d'Alexandrine Jacob de Bleschamp, il naît à Rome, après que son père, fait en 1814 par Pie VII prince romain de Canino, se fut durant les Cent-Jours, réconcilié avec Napoléon. Enfant difficile, mal équilibré, bagarreur, sexuellement précoce, il fait de médiocres études chez les jésuites d'Urbino. Très affecté par les décès de son frère Paul servant dans la marine anglaise, et de sa soeur Jeanne, marquise Honorati, puis très lié avec son cadet Antoine, aussi tête brûlée que lui, il participe en 1831, avec ses cousins Napoléon-Louis et Louis-Napoléon, à l'insurrection des Romagnes. Fait prisonnier par les pontificaux, il s'évade, tente de rejoindre les révolutionnaires toscans mais doit en janvier 1832 gagner l'Amérique, où, après avoir été hébergé à Point-Breeze par son oncle Joseph, il s'engage en Colombie auprès du général Santander. Malade, il revient en Italie, mais, banni, il est aussitôt incarcéré au château Saint-Ange. Rendu à la liberté, et soupçonné d'être un carbonaro coupable d'exactions et de meurtre, il se heurte à Canino, le 3 mai 1836, au détachement de carabiniers qui le recherchait, en tue le chef, est blessé, arrêté, jugé et condamné à mort. Grégoire XIV s'étant contenté de le faire expulser, il se rend à nouveau aux Etats-Unis, où il retrouve son cousin Louis-Napoléon, avec qui il se brouille après avoir tué un passant dans une rue de New-York. Revenu en Europe, il part à Corfou, qu'il doit quitter à la suite d'une fusillade avec des Albanais. Il s'installe à Mohimont, dans les Ardennes belges, avec sa maîtresse Rose Hesnard et s'y fait oublier pendant dix ans.
Ce brillant cavalier de fière allure, passionné de chasse et d'armes à feu, croit son heure arrivée avec la révolution de 1848. Il rentre précipitamment en France puis en Corse, où il se fait élire député à l'Assemblée constituante de la IIème République. Peu intéressé par la politique, il demande vite son intégration dans l'armée, avec le grade de chef de bataillon, qu'il prétend avoir possédé jadis en Colombie. Affecté en Algérie, à la Légion étrangère dans les rangs de laquelle il combat courageusement, jusqu'au jour où, sans permission, il quitte son corps et revient en métropole. Cet abandon de poste est pardonné au cousin du Prince-président. Par la suite, il sollicite en vain un poste de consul.
Rose Hesnard décède en 1852, et Pierre fait aussitôt connaissance de la fille d'un ouvrier fondeur parisien, Eléonore-Justine Ruffin, qu'il surnomme Nina et avec qui il part vivre en Corse à la Grotta Niella près de Calvi. Le couple y rencontre un ancien précepteur des enfants de Lucien, l'abbé Casanova, qui accepte de le bénir, sans mariage civil préalable. Là, Nina met au monde le 19 mai 1858 son fils Roland et, après un déménagement près de Calenzana, persuade son "mari" de regagner le continent. Ainsi leur fille Jeanne voit le jour en septembre 1861 dans l'ancienne abbaye belge d'Orval. Toute la famille vient alors habiter à Paris, au 59 de la rue d'Auteuil, l'ancien hôtel de Mme Helvetius, dans le jardin duquel s'ébattent, avec Roland et Jeanne, des enfants naturels de Pierre conçus en Corse lors de parties de chasse dans le maquis.
Le 2 octobre 1867, dans leur villa des Epioux, le maire belge de Lacuisine procède au mariage civil des deux amants, mais si irrégulièrement que Napoléon III refuse d'en reconnaître la validité. En fait, les relations de l'Empereur et de son cousin, qu'il a cependant fait prince en 1856, sont si mauvaises que le souverain lui interdit de faire usage de son second prénom. Evidemment, Nina ne sera jamais reçue aux Tuileries, et Pierre y a difficilement accès, tant on y craint ses incartades. Si ses proches parents causent bien des soucis à Napoléon III, ceux-ci sont minces à côté du scandale que provoque, le 10 janvier 1870, l'assassinat du journaliste Victor Noir - de son vrai nom Yvan Salmon - par le prince Pierre Bonaparte, dont ce n'est pas la première victime. Ce jour-là, en effet, se présentent au domicile de ce dernier deux rédacteurs du quotidien La Marseillaise, M.M. Fonvielle et Noir, que le maître de céans prend pour les envoyés d'Henri Rochefort - alias marquis de Rochefort-Luçay - qu'il avait provoqué en duel pour avoir traité les Bonaparte de bêtes féroces. Or les deux émissaires sont mandatés par Pascal Grousset, du journal corse La Revanche, pour demander réparation des injures dont Pierre l'a abreuvé dans un article paru dans L'Avenir de la Corse. Il en résulte un malentendu qu'aggrave Noir en frappant au visage son hôte, qui a froissé et jeté sans la lire, la lettre de Grousset. S'estimant en état de légitime défense, Pierre sort un revolver et abat froidement son agresseur, qui s'écroule dans l'escalier en cherchant à s'enfuir, tandis que son meurtrier continue à tirer sur Fonvielle qui crie à tue-tête "A l'assassin". Le cousin de l'Empereur prévient lui-même le secrétaire particulier de celui-ci et se laisse confortablement incarcérer à la Conciergerie, pendant que les amis du mort organisent des manifestations antibonapartistes à l'occasion des funérailles et dont le polémiste Rochefort se repent d'"avoir eu la faiblesse de croire qu'un Bonaparte pouvait être autre chose qu'un assassin". En fait, le défilé populaire tourne court, dès que la dépouille mortelle de la victime est inhumée au cimetière de Neuilly. La Haute Cour de justice, seule habilitée à juger un prince de la famille de l'Empereur se réunit à Tours le 21 mars 1870 et entend les avocats de la partie civile évoquer les tristes antécédents de l'accusé, qui n'en est pas moins acquitté, mais condamné aux dépens et à verser une pension aux parents Salmon. Napoléon III prit la peine d'écrire à son cousin pour lui conseiller de partir à l'étranger, mais Pierre n'en fait rien.
Il faut le désastre de Sedan pour l'y décider. En se rendant dans sa chère Belgique, il salue une dernière fois, en gare de Jemelle, le souverain déchu partant en captivité. Son hôtel parisien est pillé puis incendié par les communards, et femme et enfants vont vivre aux Epioux, que, complètement ruiné, Pierre doit bientôt mettre en vente. Auparavant, l'autoritaire Nina a obtenu de son indocile et infidèle époux que soit célébré au consulat de France à Bruxelles un mariage inattaquable. C'est chose faite le 14 novembre 1871. Sont ainsi régularisés la situation matrimoniale des conjoints et le statut des enfants. Puis, les emmenant avec elle, Nina, devenue princesse, abandonne à son triste sort un mari diabétique et hydropisique, pour aller ouvrir à Londres une boutique de modes, dont l'enseigne fait scandale. Rejetée par les fervents de l'Empire, elle emménage à Paris au 17 de la rue de Grenelle pour s'occuper sérieusement de l'instruction de son fils, restée rudimentaire.
Quant à Pierre, il se met en ménage avec une nouvelle maîtresse, Adèle Dideriche qui, en 1873, lui aurait donné un fils mort en bas âge, sollicite la générosité de ses neveux et nièces, taquine les muses à l'instar de ses père et mère, puis en 1877 demande à rentrer en France. Il vient alors habiter à Versailles 15, rue Colbert et y meurt le 9 août 1881 - cette date et l'adresse de la maison mortuaire sont controversées. Sans tenir compte de son désir de reposer au Pré-Lacroix, en forêt ardennaise, il est enterré au cimetière des Gonards.
Après de bonnes études payées par Napoléon (Jérôme) et Mathilde, Roland entre à Saint-Cyr en 1878, en sort sous-lieutenant au bataillon du 36ème de ligne caserné à Saint-Cloud, épouse le 17 novembre 1880, grâce aux intrigues de sa mère, la richissime Marie-Félix Blanc, qui meurt le 2 août 1882, après avoir mis au monde une fille Marie.
Devenue princesse Georges de Grèce, celle-ci est la maîtresse du ministre Aristide Briand et une disciple du psychanalyste Sigmund Freud.
Le 16 juillet 1886, Roland est rayé des cadres de l'armée en tant que membre d'une famille ayant régné sur la France, et ce bien qu'un senatus-consulte du 18 mars 1804 ait rendu non dynastes Lucien et ses descendants. Transformé en géographe et en botaniste, il se fait construire, le somptueux hôtel de l'avenue de Iéna, où sa mère meurt le 13 octobre 1905, à l'âge de 74 ans, un quart de siècle après son mari, auprès de qui elle repose avec son fils et sa bru.
De son côté, Jeanne épouse le comte Christian de Villeneuve-Esclapon, marquis de Vence, dont la descendance est toujours représentée.

Source : Colonel Henri Ramé in Le Dictionnaire du Second Empire, Fayard, 1995.

Voir aussi http://www.accademiacorsa.org/princepierre.html