Lucien-Louis BonaparteHomme d'église, vicaire, aumônier de la cour, cardinal.
Né à Rome, au palais Verospi le 15 novembre 1828, mort à Rome le 19 novembre 1895.

Né du mariage consanguin de Charles-Lucien, fils aîné de Lucien et de sa cousine germaine Zénaïde, fille aînée de Joseph, et baptisé par son arrière grand-oncle, le cardinal Fesch, avec pour parrain son cousin Louis-Napoléon, il est un enfant doux et charmant - le préféré de sa grand-mère Julie - qui manifeste de bonne heure une vocation religieuse, à l'instar de sa tante Constance.
Il prend l'habit ecclésiastique en mars 1854, est ordonné prêtre le 13 décembre 1857 et employé comme vicaire à l'église Santa-Maria In-Via-Lata, paroisse du palais Bonaparte. Il fait quelques séjours à Paris, où il ne se plaît guère, habitant, avec ses frères et sœurs, au 142 de la rue de Grenelle, l'hôtel, devenu l'ambassade de Suisse, que Napoléon III fit acheter pour servir de résidence parisienne à ses cousins. L'Empereur le nomme aumônier de la cour impériale, et Pie IX en fait un camérier secret. De santé délicate et d'une piété édifiante, préférant les œuvres de charité aux postes de responsabilité, c'est un prêtre effacé, que rien ne prédispose à devenir un prince de l'Eglise. Il faut que le pape soit dans l'obligation de remercier le souverain français de l'intervention de ses troupes dans ses États en 1867, pour qu'il songe à en faire le premier et seul cardinal du nom de Bonaparte.
On sait que, pour défendre le patrimoine de Saint-Pierre contre les empiètements du jeune royaume d'Italie et les incursions des garibaldiens, Napoléon III, très influencé par l'Impératrice, décide, malgré l'avis contraire de son cousin Napoléon (Jérôme), gendre du roi Victor-Emmanuel, de venir au secours du Saint-Siège et envoie dans les États pontificaux un corps expéditionnaire commandé par le général de Failly, qui, en soutien des zouaves pontificaux, livre victorieusement bataille aux envahisseurs le 3 novembre 1867 à Mentana, sauvant ainsi provisoirement le domaine temporel de la papauté.
Or, l'Empereur désire ardemment qu'en guise de reconnaissance un chapeau, dit de couronne, soit attribué à Monseigneur Darboy, que Pie IX abhorre en raison de ses positions gallicanes, prises tant comme archevêque de Paris qu'à la tribune du Sénat, allant jusqu'à le prétendre schismatique et franc-maçon. Il se refuse donc obstinément à le revêtir de la pourpre, mais il s'en tire astucieusement en élevant à la dignité cardinalice l'insignifiant abbé Lucien Bonaparte, citoyen romain et français de fraîche date, âgé seulement de 40 ans. Napoléon III est ainsi contraint de faire contre mauvaise fortune bon cœur quand, au consistoire du 13 mars 1868, son cousin et filleul est effectivement créé cardinal au titre de Santa Pudenzia, transféré plus tard à San Lorenzo-In-Lueina.
La nouvelle éminence, qui ne recevra jamais l'onction épiscopale, devient alors un membre obscur des sacrées congrégations des Évêques et des Religieux, des Rites et de la Propagande, participe au concile Vatican I et au conclave qui aboutit à l'élection de Léon XIII.
Entre-temps, son malheureux "concurrent" fut fusillé en 1871 par les communards. Il assume la lourde tâche d'assister sur son lit d'agonie, en mars 1891, son très anticlérical cousin Napoléon (Jérôme) et meurt d'une crise d'apoplexie, quatre jours après être entré dans sa soixante-huitième année.

Article du Colonel Henri Ramé in Le Dictionnaire du Second Empire, Fayard, 1995.